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jeudi 24 avril 2008

Préval est démissionnaire


Jean Erich René
24 avril 08

Au cours de la deuxième moitié des années 1980, on assistait en Haïti à une véritable course vers l'idéal démocratique comme unique voie d'accès au développement économique et social. En effet, les révolutions socialistes étaient en perte de vitesse parce qu'elles n'ont pas pu apporter les germes d'espoir pour l'émancipation des peuples pauvres et opprimés. L'empire Soviétique s'est écroulé. Le mur de Berlin s'est effondré. Le nouvel ordre du jour c'était le pluralisme politique dont le corollaire obligé était la revendication d'élections libres. L'Eglise catholique avec sa doctrine sociale, le vent en poupe, a relayé avec succès les aspirations démocratiques pour chevaucher le pouvoir. Mais avec le temps, on s'est rendu compte que toutes ces démarches visaient à paver la voie à la mondialisation dont le menu est : le libre échange et la privatisation.

Une puissante machine politique internationale fut mise en marche. Développement économique et démocratie représentent les deux temps de cette nouvelle dynamique. L'implantation de la démocratie dans le Tiers-monde se heurte à des contradictions internes qui la mettent au rang d'utopie. La montée en flèche des aspirations démocratiques est certes le signe évident de la réussite économique des nations occidentales qui tendent vers l'universalité de leur modèle. Cependant la pluralité de nos sociétés et la diversité des horizons humains nous interdisent de réduire la démocratie à une simple critériologie. Au nom de l'objectivité des sciences sociales, évaluer Haïti selon le canevas des démocraties occidentales, est absurde.Il s'agit de deux univers différents avec des antécédents historiques nettement distincts.

La démocratie est inséparable de deux notions fondamentales : liberté et justice. La liberté est le premier attribut de toute démocratie. Pour répéter Platon : « La liberté incontrôlée des hommes les porte à s'autodétruire.» Hegel le grand philosophe affirme : « Si la liberté est laissée à la seule conviction personnelle de chacun, il n'y a pas de liberté.» Si la diversité des intérêts et des valeurs est reconnue, si la liberté d'expression est acquise, les codes de loi doivent fixer aussi les limites pour garantir une coexistence pacifique. Au nom de la liberté il n'est pas permis aux diplomates du béton de casser les vitres des voitures, de démolir les maisons des tiers et leurs magasins. Il s'agit d'actes criminels punis par le code pénal. Qui pis est, le Président affirme qu'il n'y peut rien.

Sans la justice la démocratie est un vain mot. Un climat de permissivité invite les criminels à récidiver sans éprouver aucune crainte. On comprend dès lors la persistance des actes de banditisme en Haïti. Le respect scrupuleux du cadre légal exige une certaine indépendance que l'environnement haïtien en proie à la misère et le contexte politique dominé par la violence ne garantissent pas. Quand le pouvoir utilise le service des bandits pour faire pencher les résultats des urnes en sa faveur ou pour avoir raison de ses adversaires, c'est la débâcle! Dans un pays comme Haïti, l'application de la démocratie selon le modèle occidental contribue davantage à l'intensification des penchants pervers au lieu de favoriser l'éclosion d'un climat propre au développement économique et à l'avancement social.. Tant et aussi longtemps qu'on n'arrive pas à tenir en laisse les chiens enragés ils continueront à mordre tous les passants, propager leur rage et troubler la paix sociale De jour en jour la liste funèbre s'allonge. Aucune justice n'a été rendue jusqu'à présent.

Le schéma weberien nous aide à identifier le noyau de la problématique haïtienne caractérisée par l'antinomie de la tradition et de la raison. Le 55e Président d'Haïti, par son comportement au pouvoir, n'obéit pas aux impératifs kantiens des normes et des principes propres à notre société. Il a brûlé les interdits constitutionnels, se foute de nos institutions et devient, par son nihilisme, nietzschéen. L'exercice démocratique exige un état major d'hommes et de femmes lucides et compétents .Tout fonctionnaire de l'État jouit d'un statut légal. Ses attributions sont clairement définies. Entre un Premier Ministre et un Président il ne peut pas exister un rapport de vassalité. Quel que soit le niveau d'un fonctionnaire de l'Etat dans la hiérarchie, il est assujetti à des règlements impersonnels et agit dans le cadre de la compétence objective selon les lois sur la fonction publique.

Il n'y a pas de rupture dans la chaîne de commandement. Le Président et le Premier Ministre sont solidaires de l'échec du Gouvernement. La barque nationale est à la dérive Depuis les émeutes de la faim René Prévale n'arrive pas encore à se remettre de ses émotions. Au moment ou les manifestants brisaient la barrière du Palais National et pénétraient sur la cour, la fille du Président qui observait cette scène macabre par la fenêtre, a avorté. La réaction de René Préval c'est de démissionner, comme en 1999 quand les chimères avaient attaqué la voiture de sa sœur qui depuis lors est paraplégique. Il a fallu le réconfort et l'assurance d’Ambassadeurs de France, des USA, du Brésil et du Chef de la MINUSTAH pour que René Préval garde encore le pouvoir le temps qu'on aménage un autre espace politique. Pour distraire les enfants vicieux un marathon, avec une grande bombance de sucreries, a été organisé autour du choix du Premier ministre. Dans le générique de cette comédie défilent les noms des bouffons les plus ridicules. La démocratie brandie comme vecteur de développement économique suppose d'abord la satisfaction des besoins de base et la mise en chantier d'institutions capables de l'irradier dans tous les compartiments de la société. Une démocratie sans pain n'est pas viable mais dangereuse et suicidaire pour les dirigeants politiques. Préval est démissionnaire.

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