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mercredi 17 août 2011

La traite du 3ème millénaire


Le commerce d'exploitation sexuelle est, selon les Nations Unies, la troisième activité illégale plus rentable de la planète (après le trafic d'armes et la drogue), avec un chiffre d'affaires annuel d'environ 12 milliards de dollars.
Pour ce qui concerne l'Afrique : l'Occident attire irrésistiblement les jeunes d'Afrique, de l'Est de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique latine. Le risque qu'ils tombent dans des réseaux de prostitution est réel.
Pour ce qui concerne le continent africain, il existe d'importantes filières en provenance aussi bien du Maghreb (Algérie et Maroc, principalement) que d'Afrique noire francophone ou anglophone. Une traite fortement organisée en réseaux assurant tout le parcours: recrutement, fourniture de papiers, passage en Europe, hébergement, collecte de l'argent, etc... Les gangs de trafiquants ont pris fermement pied dans les pays les plus pauvres, où des personnes peuvent être prises au piège par la promesse d'une vie meilleure. Dans son livre 'La prostitution africaine en occident', Amely-James Koh Bela écrit que le «Cameroun est le deuxième pays dans le classement des pays africains les plus introduits dans la prostitution en Europe.»

Le mirage
C'est la promesse d'un travail qui attire davantage. Selon certains observateurs, la migration économique des femmes serait ainsi actuellement supérieure à celle des hommes pour ce qui concerne les pays d'Europe. Des recrutements fait 'en douceur' soit sur une base 'volontaire', soit par le biais de petites annonces trompeuses pour des emplois de mannequins, danseuses, hôtesses, jeunes filles au pair, mariages... dans les pays d'Europe de l'Ouest. Des annonces alléchantes (même via Internet) à l'adresse de qui
cherche à échapper à la misère, à la guerre, etc. La plupart de jeunes gens arrivés d'Afrique s'offrent à tous travaux, même les plus répugnants ou les plus insalubres. La gent féminine, quant à elle, surtout celle comprise dans la tranche d'âge de 18 à 23 ans, se soumet au 'plus vieux métier du monde'. Neuf jeunes filles sur dix auront été embarquées dans le commerce du sexe les yeux fermés, sans savoir où les amenait l'aventure entreprise, bien qu'à leur corps défendant.
Beaucoup envisagent la prostitution comme une solution provisoire, «en attendant» parce qu'il leur semble ne pas y avoir pour elles d'alternative économique, ou s'y résignent en espérant qu'elle leur permettra de gagner suffisamment d'argent pour rentrer ensuite chez elles et mettre leur famille à l'abri du besoin... Ces femmes se trouvent par la suite maintenues dans le réseau contre leur gré, privées de papiers d'identité (ils leur sont confisqués par les proxénètes dès leur entrée en Europe) et exposées à des dettes importantes pour rembourser leur voyage.
Le Centre de la police anglaise qui s'occupe de «Human Trafficking» présente ce cas 'exemplaire': Adina Mukakalisa, 14 ans, Rwandaise. Le vendeur au marché pour qui elle travaillait lui a fait miroiter une vie meilleure en suivant à l'étranger deux hommes qu'il lui a présentés. Là, elle pourrait même aller à l'école. Quoi de plus alléchant pour la petite et sa famille? Destination: Grande-Bretagne. Une fois arrivée dans la 'terre promise' ,elle deviendra une esclave sexuelle.

Un réseau épouvantable
Des recherches conduites notamment dans l'Italie du Nord et parmi les prostituées d'origine nigériane, offrent un tableau affreux de ce phénomène.
Longtemps Benin City a été le centre de départ des filles vers l'extérieur. Maintenant le réseau s'est étendu à d'autres coins du pays.
Le Nigeria, en général et Benin City, en particulier, sont le miroir d'une Afrique en train de changer rapidement et d'une manière chaotique. Benin City, une ville de plus d'un million d'habitants, à 350 km environ de Lagos, pourrait être le symbole du contraste frappant entre l'étalage de la richesse fait par une minorité (voitures américaines dernier cri, terrains de golf à l'anglaise, villas somptueuses et protégées comme de forteresses) juste à côté d'une ville sale, les rues pleines de trous, les maisons misérables. Les filles, surtout les plus jeunes et souvent analphabètes, n'attendent que ça: partir, aller là on peut gagner de l'argent. Un rêve, pour le réaliser on est disposé a tout, un voyage plein de cauchemars et l'obligation de payer une dette démesurée.
Un membre de Caritas raconte : « Les filles nigérianes travaillent maintenant loin du centre ville. Certaines font ce métier depuis des années. Leurs 'protecteurs' les contrôlent et leur fixent ou changent la place du travail.
La plupart d'entre elles n'ont terminé que l'école primaire. 80% affirment qu'elles ne s'imaginaient pas qu'une fois en Italie, elles auraient été obligées de se prostituer. Presque toutes se considèrent trompées; 10% affirment avoir été enlevées ou avoir subi de la violence. Une recherche faite en Angleterre affirme que l'âge typique d'une femme victime de ce trafic est de 18 à 23 ans, mais beaucoup sont vendues comme majeures alors qu'elles sont en fait plus jeunes. On les oblige à avoir des rapports sexuels avec 10 clients par jour. Les menaces de violences contre elles-mêmes et leurs familles garantissent leur silence.
GL. E. de la police de Crémone (Italie) conduit depuis 12 ans des investigations dans ce secteur. Au cours des dernières années a augmenté le nombre des filles nigérianes toujours plus jeunes: «La mafia nigériane est complexe et stratifiée. Au niveau plus bas il y a les 'mamans', des femmes gardiennes. Au niveau moyen, les hommes qui gèrent le trafic des filles de Benin City à Lagos et de là vers l'Europe, surtout Paris, mais aussi Amsterdam et Madrid, pour arriver à Turin. Au sommet, de vrais trafiquants qui habitent au Nigeria: une structure bien organisée et capable de trafiquer documents d'émigrations, visas, grâce à des liens même avec des gouvernements et des ambassades.»
Une fois arrivées à destination, elles entrent dans un réseau épouvantable. La loi de la rue est sans pitié.
Dans la capitale économique de l'Italie du Nord, les filles ne peuvent pas éviter la loi de la demande et de l'offre. Au centre ville, on gagne davantage, mais c'est une terre de conquête d'autres filles, surtout de brésiliennes mais aussi d'italiennes, de femmes de l'Europe de l'Est, même de japonaises et, récemment, de chinoises. Le tout géré par des mafias très puissantes. Les rendez-vous avec les clients sont souvent fixés via internet. Au fur et à mesure qu'on sort de la ville, on trouve des filles moins «chères», de nombreuses européennes (roumaines, moldaves, albanaises, uzbeks, ukrainiennes, russes) et… des nigérianes. Une nigériane vend son corps à 20 euros, souvent à moins que ça. Tout ce qu'elle gagne lui permettra de payer la dette accumulée pour sortir de son pays, arriver en Europe et exercer ce métier, 40.000 euros environ. Viols, tortures, avortements (certaines, ont avorté jusqu'à douze fois). Certaines fréquentent quelques lieux de prière. On peut y trouver des prophètes, complices de la traite, qui arrivent à les persuader que tout cela, c'est Dieu qui le permet ou qui le veut.

Aller contre
Nombreuses sont les initiatives pour que les victimes de cette traite abominable arrivent à s'en sortir et à récupérer une vie normale. Une étude conduite par le gouvernement italien sur l'exploitation sexuelle des femmes indique que entre 2000 et 2006 plus de 45.000 femmes, la plupart originaires du Nigeria et de l'Europe de l'Est, ont reçu une forme d'assistance sociale et 6.000 ont reçu un permis de résidence. A Benin City P. V. Marrone, Salésien, depuis 25 ans au Nigeria, a bâti à un shelter, une maison d'accueil pour les filles qui arrivent à sortir du circuit de la prostitution en Italie et acceptent de rentrer au pays et reprendre une vie normale. «Beaucoup d'entre elles pensaient que ce qui est arrivé aux autres n'arriverait pas à elles. C'est comme ça qu'elles sont tombées dans le piège», dit-il.
La responsable du shelter est Sr. Florence, une religieuse nigériane, avocat, «Un travail délicat et risqué – confesse-t-elle. En effet, il est question de reconstruire la vie et la dignité de personnes traumatisées par une violence déshumanisante et parce qu'on va contre les intérêts de gens qui, sur ce trafic, ont construit des affaires prospères. Rentrées volontairement ou expulsées par les polices européennes, elles ont de grandes difficultés pour se réinsérer. La honte d'avoir failli les accompagne et leurs familles, qui s'attendaient de l'aide, sont même déçues.»
(Source: Nigrizia et fem mag.)

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