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dimanche 8 décembre 2013

Sylvie Bajeux reçoit la plus haute distinction de la République française.-


Droits humains : Sylvie Bajeux reçoit l'insigne de la Légion d'honneur, la plus haute distinction de la République française.--

Pour la première fois de l'Histoire, une Haïtienne, Sylvie Bajeux, reçoit ce 2 décembre 2013 la plus haute distinction de la République française, la Légion d'honneur. Cet événement majeur, passé sous silence par les médias en Haïti, mérite d'être très amplement souligné et expliqué aux jeunes Haïtiens, en particulier ceux qui sont nés après 1986. Cette haute distinction arrive à point nommé, dans un pays où s'essoufflent les modèles positifs et dans un contexte où l'actuel Exécutif néo-duvaliériste offre au nazillon Jean-Claude Duvalier l'immunité et un passeport diplomatique, contribuant ainsi à alimenter la sous-culture de l'oubli et de la négation des crimes et vols commis par la plus horrible machine de destruction massive de l'histoire d'Haïti, le duvaliérisme. L'allocution prononcée par Sylvie Bajeux, reproduite sur ce site, doit être lue et longuement méditée pour bien situer son cheminement citoyen sur la longue route de la défense des droits démocratiques et pour l'établissement d'un État de droit en Haïti.

Note de Robert Berrouët-Oriol
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Droits humains : Sylvie Bajeux reçoit l'insigne de la Légion d'honneur
             
Jeudi 5 décembre 2013

Le mardi 2 décembre 2013, l'Ambassadeur de France en Haïti, Monsieur Patrick Nicoloso, a présenté à Madame Sylvie Bajeux, Directrice du Centre Œcuménique des Droits Humains (CEDH), l'insigne de Chevalier de la Légion d'Honneur, en hommage à l'engagement de toute une vie dans le combat contre la dictature, contre l'injustice et pour la protection des droits humains. La médaille de la Légion d'Honneur est la plus haute décoration honorifique accordée par la République française.

Cette cérémonie sobre et empreinte de dignité, s'est déroulée à la Résidence de l'Ambassadeur de France à Port-au-Prince, en présence d'une soixantaine d'invités, principalement des proches de Madame Bajeux, des conseillers de l'Ambassade, des représentants des organisations de défense des droits humains et organisations féministes, les ambassadeurs d'Espagne et de UNASUR, l'écrivaine Yannick Lahens, le poète, romancier et homme de théâtre Syto Cavé, Pierre Brisson, voix des poètes Haïtiens.

Nous reproduisons ici un court extrait du discours de l'Ambassadeur Nicoloso :

Je tiens ce soir à rendre hommage à cette existence qui s'est invitée à la table de l'Histoire pour défendre l'Homme, où face à la colossale entreprise de déshumanisation que constitue toute dictature ou oppression, vous avez opposé la défense de chaque cause, de chaque histoire personnelle. Pour que nous n'oublions pas les vies humaines derrière le combat des chiffres macabres, les sacrifices individuels pour la liberté collective et partagée.

Vous êtes de cette bataille, la bataille contre l'oubli, parce que sans elle,

«En Guinée ils ne peuvent retourner»

En Guinée ils ne peuvent rentrer

on n'a pas dit pour eux la prière des morts, pas chanté

pour eux le Libera.

(Jean-Claude Bajeux, Textures, 1997) 

Vous aurez certainement reconnu, Madame, les mots de votre époux rappelant le devoir de mémoire pour que vos prédécesseurs de lutte puissent reposer en paix. Tous ici ce soir sommes convaincus que c'est la seule, l'unique voie pouvant mener à une coexistence pacifique et respectueuse les uns des autres.

Pourtant, c'est un chemin difficile et parfois ingrat, au long duquel les récompenses peuvent paraître maigres, et l'on se dit que le courage pourrait venir à manquer. Mais à regarder votre vie, on ne le croirait pas.

Dans son allocution de circonstance, Sylvie Bajeux a évoqué les figures familiales et professorales qui ont marqué son enfance et sa jeunesse, lui enseignant les valeurs citoyennes qui sont encore les siennes aujourd'hui et l'engagement enraciné dans la singulière histoire d'Haïti, sa promesse émancipatrice. Sylvie Bajeux a salué la mémoire de son premier compagnon de route, Jacques Wadestrandt, mort au combat en 1964 avec ses camarades de Jeune Haiti et celle de son second époux, Jean-Claude Bajeux, homme de lettres et figure emblématique de la lutte pour les droits humains en Haiti, qui nous a quittés le 5 août 2011. C'est au regard de ce long et souvent douloureux parcours qu'elle conclut en disant :

« Nous n'avons jamais pensé être des héros, mais nous avons peut-être réussi à être de bons soldats ».

Des noms trop longtemps tus mais prononcés enfin en public en cet espace haïtien qui a quelque part, nous ne savons où, accueilli leur dépouille en ces années terribles, ont été entendus par l'assistance dans une grave émotion, des noms qui font écho à tant d'autres qui restent dans nos cœurs.
Source : bulletin électronique de la FOKAL
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ALLOCUTION DE SYLVIE BAJEUX À LA RÉCEPTION DE LA LÉGION D'HONNEUR,

LA PLUS HAUTE DISTINCTION DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Monsieur l'Ambassadeur,

Le moment est venu de dire  "merci".

Merci à la France, à ses représentants ici présents, pour l'octroi de cette médaille qui symbolise les plus hautes valeurs de la République française.

Merci à mon fils Jacques-Christian Wadestrandt qui a pu arriver à temps pour être à mes côtés ainsi qu'à ma cousine Lorraine Mangonès.

Merci pour leur présence à tous ceux et celles qui sont avec nous aujourd'hui en cette circonstance.

Un merci également pour tous les témoignages de solidarité qui nous sont parvenus de France, de Suisse, du Canada, d'Italie, d'Amérique Latine et tout spécialement de Porto Rico d'où l'on envisageait même l'envoi d'une délégation.

Par ailleurs, et sans fausse modestie, au moment de dire «merci» je ne saurais ne pas évoquer ceux qui tout au long d'une vie ont contribué à faire que ce jour soit possible.

La petite enfance fut marquée par nos grands-parents, Antonin et Maria Tourdot, mais surtout par mon père Christian Tourdot, aimé de tous pour son intelligence, sa remarquable gentillesse et sa grande générosité. Plus tard dans le contexte familial c'est notre tante et notre oncle, Vonick et Albert Mangonès dont l'influence sera déterminante.

Peintre, sculpteurs, architecte, à partir de leur sensibilité propre ils nous conviaient naturellement à réfléchir sur l'énigme et les prodiges de la création artistique. Ceci dans un temps marqué par ce que Selden Rodman appelait « The Miracle of Haitian Art ».

Mais il revient à Albert de nous avoir guidés à travers l'Histoire… de la Découverte à l'Indépendance, passant par l'épopée des Marrons, et nous conviant à contempler la Citadelle, «Vigie»,  dont   il nous expliquait le Pourquoi et le Comment avec une éloquence toujours renouvelée.

En plus de sa remarquable érudition, Albert possédait une intuition  spéciale qui lui permettait de détecter les inévitables épisodes de  questionnement et de révolte de l'adolescence.  À ces moments, il savait être présent, trouver les mots qu'il fallait  et insistait sur cet avertissement :

« Ce qui compte ce n'est pas d'être un héros, c'est d'être un bon soldat ».

Cette expression de gratitude ne saurait passer sous silence ce que je dois aussi aux enseignants qui ont su nous inculquer la base des ×connaissances indispensables associées aux cycles primaire et secondaire.  De vrais maîtres qui nous ont entrainés au bon usage de la grammaire française, aux subtilités de l'analyse logique, à relever le défi des mathématiques, de la trigonométrie entre autres… Leurs noms défilent :  Mme Craan, Mme Liautaud, Mme Holly, Lucienne Dougé, Lili et Simonne Germain, Madeleine Gardiner, Mê  Edner Gousse, Roger Gaillard et, Roger Anglade qui réussit l'exploit de nous faire aimer la chimie !

Une pensée spéciale va à Mê Antonio Vieux, ancien ministre de l'Education Nationale qui arrivait chaque jour,    à pied, il n'avait pas de voiture.   

Professeur de littérature en classe terminale, au savoir fascinant et d'une exigence impitoyable.  Un jour, abandonnant l'examen des Existentialistes et des Surréalistes il nous apostropha. J'entends encore sa voix :

« Petits garçons, petites filles, est-ce que vous savez qu'en ce moment même, il y a des jeunes comme vous,  qui ailleurs prennent leur fusil pour descendre dans la rue et dire « NON » ?

Il y avait déjà 5 ans que le dictateur faisait régner la terreur.

Nous devions apprendre plus tard que, selon l'histoire, Duvalier  l'aurait personnellement exécuté dans le cachot des souterrains du  Palais National où il était enfermé.  

Avec  la dictature installée depuis 1957, la situation devenait de plus en plus intolérable. La décision fut prise, le bac bouclé j'irais terminer mes études à l'extérieur. 

À partir de là,  deux rencontres vont être décisives :    

La rencontre avec Jacques Wadestrandt, premier haïtien gradué de Harvard, étudiant en médecine et la rencontre avec Jean-Claude Bajeux qui nous a quittés il y a 2 ans.

Jacques Wadestrandt était un des dirigeants du Mouvement de Jeune Haïti qui s'organisait à New York pour mettre fin à la dictature de Duvalier.

Un jour de juillet 1964, il partit rejoindre les autres membres du groupe connu pour l'histoire comme « Les Treize de Jeune Haïti »

Ils débarquèrent à Dame-Marie le 5 Août croyant ouvrir un deuxième front, le groupe de Fred Batiste avait déjà débarqué dans le Sud-Est de l'ile.  Dans l'attente de renforts ils avaient promis de tenir 3 semaines, ils  ont résisté 3 mois.  Toutes les forces armées du régime étaient à leur poursuite. Les deux derniers, Marcel Numas et Louis Drouin, capturés vivants  furent exécutés publiquement contre le mur du Cimetière de Port-au-Prince, le 12 novembre 1964.

Au nom du Devoir de Mémoire leur sacrifice a été commémoré le 12 novembre dernier.

Le chemin était tracé, il fallait continuer.

Et plus tard ce chemin a croisé celui d'un autre combattant : Jean-Claude Bajeux.

Pour expliquer Jean-Claude Bajeux, rien de mieux que l'héritage qu'il  a laissé. Son nom et celui de son organisation sont associés pour toujours à la lutte pour la défense des droits humains dans toutes ses composantes et ses obligations. Comme l'écrit Jean Charles dans la revue 'Pour Haïti', « Jean-Claude Bajeux entendait œuvrer en faveur de tous les Haïtiens de tous horizons, (politiques, sociaux et religieux) d'où l'appellation « Centre Œcuménique...... ». 

L'Ambassadeur Rodolfo Mattarollo, dans son hommage parle de « la dulce indignacion » de Jean-Claude Bajeux.  C'est vrai et cette  indignation tenace mais maitrisée prenait sa source et sa force dans  la volonté inébranlable de Jean-Claude de mener jusqu'au bout le combat pour la justice et  contre l'injustice contre toutes les formes d'injustice.

Compagne et partenaire de ce long parcours, il me semble pouvoir  dire légitimement aujourd'hui :

 « Nous n'avons jamais pensé être des héros, mais nous avons peut-être réussi à être de bons soldats ».

Sur ce chemin il faut continuer :  je réponds « présente ».

Merci à la République Française.

Sylvie WADESTRAND-BAJEUX

Port-au-Prince, le 2 décembre 2013

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RESEAU CITADELLE : LE COURAGE DE COMBATTRE LES DEMAGOGUES DE DROITE ET DE GAUCHE , LE COURAGE DE DIRE LAVERITE!!! "You can fool some people sometimes,  But you can't fool all the people all the time."
(
Vous pouvez tromper quelques personnes, parfois, 
Mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps.
) dixit Abraham Lincoln.

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