jeudi 4 juin 2015

"Celui qui de fait est en charge de ces élections en 2015. C’est René Garcia Préval". (Texte de #RobertBenodin)

Robert Benodin
[...il est absolument évident que Michel Martelly ne soit pas en train de gérer une stratégie de continuité, d’une part. Mais d’autre part, qu’il ne manifeste aucune velléité de gérer directement les élections de 2015. C’est de fait René Préval qui a le contrôle du ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales aujourd’hui. Fait sans précédent d’ailleurs dans la politique haïtienne pour un président sortant.]

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Thèmes de l’Émission de la semaine  *RDNP 001News.-
Orlando le 7 juin, 2015

Actualités Politiques : Grandes Lignes

La tension de la crise préélectorale continue à augmenter en intensité au fur et à mesure que l’on s’approche de la date du premier tour des législatives. On constate qu’il y a à la fois deux bras de fer qui se manifestent simultanément à l’avant-scène politique. Le plus bruyant, mais pas nécessairement le plus important, est celui qui se poursuit entre les ex-ordonnateurs des dépenses publiques et l’Exécutif pour obtenir la décharge par décret leurs permettant de postuler la première magistrature. Et l’autre entre Thomas Adams et l’autorité électorale d’Haïti, qui suggère de modifier le calendrier électoral en le réduisant de trois élections à deux élections. En d’autres termes, reporter le premier tour des élections législatives qui doit avoir lieu dans deux mois le 9 août 2015, au 25 octobre 2015 pour qu’ils coïncident avec le premier tour des présidentielles. Pour justifier cette suggestion, Thomas Adams présume que le simple fait de reporter le premier tour des législatives pour qu’il coïncide avec le premier tour des présidentielles, contribuera à une réduction du coût des élections de $30 million. C’est l’exagération invraisemblable de cette présomption qui met en exergue l’importance que Thomas Adams accorde à sa suggestion !

Le bras de fer qui se manifeste partout à l’avant-scène politique, qui est présent continuellement dans tous les média et qui préoccupe pour le moment tous les esprits. C’est la décharge que les ex-ordonnateurs des dépenses publiques réclament pour pouvoir participer comme candidats aux prochaines élections présidentielles de 2015. Ils se plaignent du fait que leurs droits civils et politiques sont violés parce que les formalités qu’ils doivent remplir pour obtenir la décharge sont impossibles à cause du dysfonctionnement parlementaire. Ils évoquent aussi des précédents où la décharge avait été accordée par décret à qui la sollicitait pour postuler des postes électifs aux élections de 1987, de 1990, de 1995, de 2006 et de 2010.

Il est a remarqué que les élections de 1987 ont eu lieu au lendemain d’une longue lutte insurrectionnelle qui avait renversé le régime des Duvalier le 7 février 1986. Ce régime ayant passé près de 3 décennies au pouvoir. Au lendemain de son renversement ce fut un tabula rasa total de tous ce qui avait été institué par ce régime. Evidemment, il n’y avait pas encore d’institution pouvant légitimement donner quitus à qui sollicitait la décharge.

En 1990 ce fut après qu’un coup d’état militaire ait renversé le gouvernement constitutionnel de Leslie F. Manigat le 19 juin 1988 qui d’ailleurs n’avait duré que 4 mois au pouvoir. Aucune institution n’aurait pas pu être rétablie dans ce laps de temps au lendemain du renversement du régime qui venait de passer 3 décennies au pouvoir.  Les conditions créées par le tabula rasa total depuis le 7 février 1986 sont demeurées inchangées. Evidemment, il n’y avait pas encore d’institution pouvant légitimement donner quitus à qui sollicitait la décharge.

En 1995, Jean Bertrand Aristide victime lui aussi d’un coup d’état militaire le 30 septembre 1991, 7 mois après son intronisation. Il est retourné au pouvoir après 3 ans d’exil le 15 octobre 1994. Une fois de plus, les conditions créées par le tabula rasa total depuis le 7 février 1986 sont demeurées inchangées. Il n’y avait pas encore d’institution pouvant légitimement donner quitus à qui sollicitait la décharge.

Pour les élections de 2006, ce fut exactement comme il a été au lendemain du 7 février 1986. Un long mouvement insurrectionnel qui a duré 3 ans avait renversé le régime lavalas du pouvoir le 7 février 2004. Au lendemain de ce renversement ce fut encore un tabula rasa total de tous ce qui avait été institué par ce régime. Il n’y avait pas encore d’institution pouvant légitimement donner quitus à qui sollicitait la décharge. Le gouvernement provisoire d’Alexandre/Latortue a dû accorder la décharge par décret.

Pour les élections de 2010, c’est pour la première fois, sous le gouvernement de René Préval, à la fin de son règne et la coïncidence de la catastrophe sans précédent du tremblement de terre du 12 janvier 2010, que la théorie des formalités impossibles ait été évoquée et prise en considération par le chef de l’Exécutif lui-même. Il faut bien se rappeler et comprendre qu’à ce moment précis. René Préval avait depuis quelque temps la prétention de gérer une stratégie de la continuité qu’il avait publiquement annoncée d’ailleurs. Il était de son intérêt à ce moment là d’accorder la décharge par décret pour exercer un certain contrôle sur ceux à qui il permettait de participer à la compétition électorale. Le catapultage de Michel Martelly au premier tour des présidentielles le 28 novembre 2010 a de fait mis cette stratégie de la continuité en échec et mat.

En 2015, là où les intérêts politiques sont précisément à l’antipode de ce qu’ils ont été précédemment sous René Préval. Cette fois-ci, face au dysfonctionnement du Parlement, la théorie des formalités impossibles a été à nouveau évoquée, certes. Mais, il est absolument évident que Michel Martelly ne soit pas en train de gérer une stratégie de continuité, d’une part. Mais d’autre part, qu’il ne manifeste aucune velléité de gérer directement les élections de 2015. C’est de fait René Préval qui a le contrôle du ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales aujourd’hui. Fait sans précédent d’ailleurs dans la politique haïtienne pour un président sortant.

Il est absolument évident pour qui veut être réaliste et raisonnable au constat des faits dans ce contexte inédit dans les annales de la politique haïtienne, où un chef de l’Etat sortant ne manifeste aucun réflexe naturel de politique en situation de fin de règne. Que les efforts que déploient ces ex-ordonnateurs des dépenses publiques pour obtenir la décharge par décret de ce chef d’Etat, sont absolument futiles. Celui qui de fait est en charge de ces élections en 2015. C’est René Garcia Préval. Il n’a pas l’autorité du décret présidentiel cette fois-ci, certes. Mais qui sait ce qu’il peut faire pour permettre à certains de circonvenir la loi et pas à d’autres ? Il faut bien se rappeler que l’on soit tout de même en Haïti. Le pays dans lequel on peut échapper par le biais du consensus aux rigueurs de la science et de la vérité scientifiques !

L’autre bras de fer créé par la suggestion de Thomas Adams qui entend modifier le calendrier électoral à deux mois du premier tour des législatives ce 9 août 2015 pour les renvoyer au 25 octobre 2015. Thomas Adams présume que le simple fait de reporter le premier tour des législatives pour qu’il coïncide avec le premier tour des présidentielles contribuera à une réduction du coût des élections de $30 million. Ce que l’on souhaiterait qu’il démontre appuyé par des faits.

De quoi s’agit-il ? Il y a deux intérêts qui entrent automatiquement en conflit à l’instant même où cette suggestion a été proposée. C’est la gestion de la continuité du catapultage du chef de l’Etat, le pivot du système, qui se répète à chaque présidentielles depuis 60 ans. Et cette fois-ci la probabilité de rupture avec précisément la gestion de cette continuité qui se trouve au cœur du conflit que provoque la suggestion de Thomas Adams. L’impossibilité pour le peuple haïtien de faire respecter l’expression de sa volonté politique aux élections. Ce catapultage lui empêche d’être capable de déterminer dans ses propres intérêts dans quelle direction il veut aiguiller sa propre destinée.

L’une des fonctions essentielles de l’élection, quand l’expression de la volonté générale est respectée et que les résultats électoraux soient de fait le reflet fidele l’expression de la volonté politique de l’électorat. Cette fonction primordiale offre la possibilité d’établir et de décanter à partir des résultats électoraux, les instruments politiques ayant le niveau de légitimité politique, nécessaire à la consécration de leur statut d’instrument politique à option de pouvoir. Cette fonction essentielle au bon fonctionnement de la Démocratie représentative provoque automatiquement la pulsion naturelle du besoin d’inciter à la consolidation des instruments politiques sur la base de regroupement à partir des tendances et des grands courants politiques. Ceci élimine du même coup la présence et la possibilité de survie des groupuscules à l’avant-scène de l’échiquier politique. C’est cette présence constante de la fraude électorale qui entretient la présence inopportune des groupuscules qui contribue à la faiblesse nocive du système politique d’Haïti.

L’autorité électorale ayant établi trois dates auxquelles les élections auront lieu. Dans le but précis de s’assurer par leur séquence de l’intégrité du pouvoir des élus qui auront à assumer leurs responsabilités d’être les représentants légitimes au sein d’un pouvoir collectif qu’ils vont exercer au nom de tous les citoyens. Le premier tour des législatives pour le 9 août 2015. Le second tour des législatives et le premier tour des présidentielles pour le 25 octobre 2015. Et enfin le second tour des présidentielles et les élections de collectivités territoriales le 27 décembre 2015. Toute modification de cette séquence ira à l’encontre de la logique de l’établissement de la légitimité politique des pouvoirs et de l’harmonie qui doit exister entre eux.

Le fait que pendant presque 60 ans l’histoire des élections en Haïti montre indubitablement que les résultats de toutes les élections n’ont jamais refléter fidèlement l’expression de la volonté générale et qu’aux présidentielles les puissances hégémoniques ont toujours catapulté quelqu’un de leur choix à la première magistrature. Que le fonctionnement viciée de la Démocratie représentative telle qu’imposée et pratiquée en Haïti empêche aux Haïtiens depuis 60 ans d’accéder à la notion du gouvernement du peuple par lui-même.

Le fait d’avoir placé en premier lieu, le premier tour des législatives le 9 août 2015, répond à cette nécessité. Dont l’intention est d’établir à partir de la bigarrure des tendances politiques de la nation haïtienne toute entière, la légitimité réelle des élus des instruments politiques au sein du Parlement. Ce choix est dû au fait que l’on a la volonté qu’à partir des élections en 2015 de décanter clairement les instruments politiques à option de pouvoir, des groupuscules qui font depuis longtemps la faiblesse du système politique haïtien. Il est temps en Haïti que les partis et instruments politiques se consolident à partir des grands courants et des tendances politiques. Et que l’on cesse de fonctionner sous la domination du clientélisme et de l’argumentum ad populum.

Quand Thomas Adams propose le report du premier tour des élections législatives au 25 octobre 2015. Non-seulement il est en train d’interférer avec une décision que l’autorité électorale haïtienne a prise pour que les Haïtiens puissent exercer de plein droit leur participation aux élections pour accéder à la notion de Démocratie représentative du gouvernement du peuple par lui-même. Quand Thomas Adams veut faire coïncider le premier tour des législatives avec le premier tour des présidentielles pour que les résultats des législatives ne puissent pas décanter et établir à l’avance, les partis et instruments politiques qui ont de fait et en vérité le statut exclusif d’instruments politiques à option de pouvoir, avant que les présidentielles aient lieu. Il suffira alors, pour que le catapultage puisse être entériné, que le catapulté ait simplement un minimum apparent de légitimité politique. C’est ce genre de catapultage à la présidence qui s’est répété pendant presque 60 ans en Haïti ! Voilà où gît le danger que représente la proposition du report des législatives que Thomas Adams propose, d’une part.

Mais d’autre part, sachant la propension que René Préval a pour la fraude électorale. Il s’en vante d’ailleurs : « M’pa kon fè elexion. M’kon ganyen elexion ». Ce fait par lui-même ne donne aucune garantie que les résultats électoraux du premier tour des législatives du 9 août 2015, seront vraiment le reflet fidele de l’expression de la volonté générale. Que cette importante lecture que l’on doit avoir pour établir enfin le statut réel de ces instruments politiques, pour éliminer les groupuscules, peut ne pas être valide.

Voilà le dilemme auquel le peuple haïtien est confronté en 2015, au seuil de la tenue des élections, les conséquences du choix entre faire 2 ou 3 élections. D’une part, faire 2 élections, comme le suggère Thomas Adams. Ce sera le maintien inéluctable de la continuité de l’interférence hégémonique. Le catapultage de qui elle veut à la présidence le pivot du système. Et d’autre part, faire 3 élections avec René Préval. C’est les risques aussi du maintien de la continuité de la fraude électorale aux législatives pour créer artificiellement une nouvelle majorité au Parlement, qui brouillera toute lecture rationnelle des résultats électoraux. De fait les citoyens haïtiens depuis 60 ans n’ont jamais connu, ni fait l’expérience de ce qu’est le pouvoir collectif ! Cet état de fait n’est pas nouveau. C’est ce continuum que le peuple haïtien subit depuis près de 60 ans ! A quand la rupture ?

A ce carrefour, on est forcé de se reposer ces questions : Haïti, est-elle prête à accéder à la vraie notion de Démocratie représentative, du gouvernement du peuple par lui-même ? Les citoyens d’Haïti sont-ils conscients du fait que ce soit de leur devoir d’assumer la responsabilité d’établir précisément le pouvoir collectif ? Ou, est-ce une nation qui se fissure en silence, sans être réellement consciente quand s’approfondissant les fissures deviennent de plus en plus irréversibles ?
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RESEAU CITADELLE : LE COURAGE DE DIRE LAVERITE!!!
"You can fool some people sometimes, 
But you can't fool all the people all the time."
 (
Vous pouvez tromper quelques personnes, parfois, 
Mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps.
) dixit Abraham Lincoln.
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