mercredi 12 octobre 2016

#Haiti-Elections : Quelques remarques sur la conjoncture politique post-Mathieu.- (Texte de Cyrus Sibert)

1- Le cyclone Mathieu vient de mettre un terme à la démagogie nationaliste du Président de facto Jocelerme Privert et de son équipe, pourtant à genoux devant les dominicains. Ils ne sont plus maitres du terrain. L’internationale y est présente au nom du devoir d’ingérence pour raison humanitaire. Il faut être naïf pour croire que les Etats-Unis, récemment ridiculisés par ce gouvernement sur la question des élections, engagent des troupes et des moyens en Haiti sans considérer l’agenda politique interne. Le déploiement de forces américaines sur un terrain implique toujours un renforcement des mesures de renseignement (CIA et DIA) et de surveillance au plus haut niveau. Les faits habituels de violence politique, d’incitation aux émeutes, les discours extrémistes peuvent-être considérés comme une menace pour la sécurité des soldats et du personnel civil menant les opérations humanitaires. Une situation qui risque de paralyser considérablement l’exécution du plan de coup d’Etat électoral des groupes proches du pouvoir de facto Privert/Lavalas/PititDesalin. Sans la complicité des Etats-Unis, cela devient compliquer. Par exemple, une nouvelle attaque contre l’hôtel Marriott, comme on l’a vu tantôt, serait traitée différemment.

2- La date des élections est un dilemme pour le consortium Privert/Aristide. Si on organise les élections avant novembre, les départements du Sud dans lesquels Jovenel enregistre les pourcentages les plus faibles ( bien que acceptables) en termes d’intentions de vote ne pourront pas voter normalement. En plus de la question des cartes électorales égarées lors du passage de l’ouragan Mathieu, on risque d’avoir le désenchantement d’une bonne partie de la population du Sud plus préoccupée par sa survie. Il y a aussi le déplacement des électeurs, les dégâts sur les infrastructures … Bref, si l’on considère la tendance dans les autres départements, le pourcentage total des votes en faveur du candidat de PHTK risque de dépasser les 60%. Alors, la solution serait d’attendre un peu. 
Mais, cela ne devrait pas poser trop de problème pour PHTK et ses alliés! Car, Jean-Bertrand Aristide qui a empêché Michel Martelly d’organiser les élections  à partir du blocage du Sénat haïtien (n’oublions pas le fameux groupe des six Sénateurs), puis, qui a fait dérailler le processus électoral de 2015 avec la violence de rue, a aussi menacé la famille Clinton. Il ne faut pas oublier les accusations sur TOUT-HAITI ( ce site internet Lavalas/Pro-Aristide) qui ont été reprises par le World Street Journal; les activités de protestation du lobby Lavalas pour embarrasser la candidate du parti démocrate. Face à cette réalité géopolitique, le temps favorable à Aristide/Lavalas pour forcer la main à Privert et reprendre le pouvoir par un coup d’Etat électoral ne dépassera pas les élections américaines. Après le 8 novembre 2016, les chantages d’Aristide n’auront plus d’effet sur madame Clinton qui, comme d’habitude, sera plus interventionniste que Barack Obama. De plus, Privert/Aristide n’ont aucune garantie avec Donald Trump. On rapporte même que ce dernier aurait promis de juger le leader de Fanmi Lavalas pour trafic de drogue.

3- La lettre de l’Avocat Me Gervais Charles au CEP pour protester contre la fermeture de la campagne électorale tout en réclamant une prolongation, traduit un constat d’échec de la Caravane dite “DIYITE” (pour les Lavalassiens), “NOSTALGIE” (pour certains observateurs). Aristide n’a pas pu changer la donne. Il le sait. Ses supporteurs le savent. L’internationale le constate. S’il circule avec un cortège de 300 voitures et des camions de partisans pour faire du spectacle dans les grandes villes et attirer des foules de curieux, la candidate de son parti Maryse Narcisse reste très impopulaire. Ayant joué sa dernière carte MYTHIQUE de leader populaire capable d’ordonner le peuple de voter n’importe qui, l’homme se retrouve au crépuscule de sa carrière politique. Aristide ne fait plus peur. Les stratèges de PHTK minimisent sa présence à un niveau tel qu’ils ne trouvent même pas nécessaire d’impliquer l’ex-président Martelly dans la campagne. Aristide et Maryse sont en train d’affronter le petit Jovenel, #NegBannannNan.

4- Aussi, y a t-il, la fin de mandat des Sénateurs qui constituent la garde rapprochée de monsieur Privert. Sous peu, Jean-Baptiste Bien-Aimé, Enerst Polycarpe, Steven Benoit ne seront plus Sénateurs. Leurs jours au parlement sont comptés. Le président provisoire de facto risque de se retrouver dos au mur face à une nouvelle majorité hostile au Sénat haïtien.

5- Plus le temps passe, plus l’ancienne opposition, ses organisations de droits humains, ses journalistes et ses alliés, seront décriés et impopulaires. Car, la corruption et les rivalités pour le pouvoir divisent les anciens opposants à Martelly. De plus, en Haiti, il est historique que les catastrophes naturelles sont capables d’emporter gouvernements et mouvements politiques. La chute du Général Paul Eugène Magloire est une conséquence directe du passage du cyclone Hazel; l’échec électoral de l’INITE en 2011 imputable à la mauvaise gestion du séisme du 12 janvier 2010 et du choléra. Aujourd’hui, nous voilà devant le même cas de figure : - Le cyclone Mathieu qui détruit la presqu’ile du Sud et affecte gravement quatre (4) autres départements du pays; - un gouvernement qui tente de minimiser la gravité de la situation et quasi-absent en termes d’appui aux victimes… On n’a qu’à attendre les conséquences politiques; au mieux, aiguiser les contradictions, les frustrations et les contestations pour renverser la situation politique.

Cyrus Sibert, Cap-Haitien, Haiti
11 octobre 2016
reseaucitadelle@yahoo.fr
@reseaucitadelle  

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