mercredi 10 mars 2010

Un directeur de Media enlevé dans le Nord.

Par : Cyrus Sibert, souvenirfm@yahoo.fr

Le Ré.Cit.- Réseau Citadelle, Cap-Haïtien, Haïti.

www.reseaucitadelle.blogspot.com

Nous apprenons par voie de presse que Monsieur Gluck Théophile, le Directeur de Radio Marien (Limonade), a été victime d'enlèvement, le lundi soir, du coté de Pont Paroi, entre la commune de Quartier –Morin et la commune de Limonade. Nous nous gardons de suivre certains médias de la presse locale et de publier plus d'informations sur les négociations, pour ne pas mettre en danger la vie de la victime.

Monsieur Théophile est un candidat à la députation pour la circonscription Limonade-Quartier Morin. En 2006, il a avait fait face au Député Hugues Célestin de LESPWA. La compétition s'était soldée par la mort d'un des partisans de monsieur Théophile.

Faut-il toutefois signaler une reprise des activités criminelles dans le Nord. Des professionnels reçoivent des coups de fils anonymes leur menaçant d'enlèvement. Des cellules en plein cœur de la ville sont en train d'être réactivées. La police nationale est incapable de procéder à l'arrestation du Chef de Gang Willy Etienne connu pour ses opérations de kidnapping dans le Nord. Des personnes, visiblement suspectes aux yeux de la population, passent inaperçues pour les officiers de police. Il existe un vide sérieux en termes de surveillance des activités de criminels dans le Nord. Les policiers sont sous équipés - mal équipés et démoralisés. La Direction Départementale manque de moyens pour mener à bien ses opérations de renseignement. La corruption au sein de la justice et la lenteur des autorités découragent des membres de la population qui souhaiteraient fournir des informations. Même quand plusieurs juges et le Chef du Parquet font preuve d'intégrité et de sérieux, d'autres fonctionnaires corrompus ne chôment pas. Le Ministre de la Justice Paul Denis ne se fait pas encore sentir.

Sur la Route Cap-Haitien Ouanaminthe, dans la localité de Ti Couline, non loin de Trou du Nord, des bandits opèrent sans trop grande difficulté. Sur ce tronçon de Ti Couline, habituellement, des trafiquants font atterrir des avions remplis de stupéfiants. Logiquement, la montée de l'insécurité vise à fait fuir les usagées et riverains pour une meilleure utilisation de l'espace par les cartels de la drogue.

Dans l'attente de la libération de Monsieur Gluck Théophile, RESEAU CITADELLE et Radio Souvenir Fm présentent leurs sympathies.

RESEAU CITADELLE (Ré.Cit.), le 10 mars 2010, 13 hres 23.

La presse capoise dans la ligne de mire de la PNH

La presse capoise dans la ligne de mire de la PNH

La radio Kontak Inter émettant depuis la deuxième ville du pays a été encore une fois la cible d'une patrouille de l'UDMO (Unité de Maintien d'Ordre) au cours du week-end.

Deux semaines après que le correspondant de radio Caraïbes au Cap-Haïtien Curtis Eyma  eut été brutalisé par des agents de l'UDMO, samedi dernier une patrouille de cette unité a eu maille à partir avec les animateurs d'une émission d'opinion sur cette station.

Selon les déclarations d'un des animateurs de l'émission « Fon Pale », Louis Federme Dieudonné, l'une des raisons de cette tentative d'intimidation est le fait qu'ils ont offert leur micro et avoir commenté les exactions qu'a subies le journaliste correspondant de Radio Caraïbes et que ces policiers se sentent frustrés que leur nom soient cités sur les ondes dans de pareilles occasions. L'un des policiers accusés dans ce dossier, Jean Louis Mercidieu, a été encore une fois identifié dans cette patrouille et d'après ce que rapporte Kenston Jean-Baptiste, co-animateur de l'émission, le policier aurait avoué avoir frappé Curtis Eyma et proféré des menaces à l'endroit de ces journalistes. Les animateurs qui se sont rendus au commissariat
pour rencontrer les responsables ont du affronter ce même policier qui selon les dires des journalistes aurait été en état d'ivresse alors qu'il grillait sa cigarette en plein service.

Le journaliste Curtis Eyma a été frappé en pleine soirée par un agent de l'UDMO qui lui a giflé à deux reprises et déjà le dossier est déféré par devant le juge d'instruction, Justin Nivrose, pour les poursuites légales.

A rappeler que le 18 décembre dernier, le directeur général de cette même station, Julien Joseph a lui aussi été victime des mains d'une patrouille de la police du Cap-Haïtien.

Hansy Mars
hansymars@gmail.com


lundi 8 mars 2010

L'AN I de la Nouvelle Haiti, par Daly Valet

http://www.courrierinternational.com/magazine/2010/1005-haiti-edition-speciale-realisee-avec-les-quotidiens-de-port-au-prince

No° 1005    04.02.2010

HAÏTI ÉDITION SPÉCIALE réalisée avec les quotidiens de Port-au-Prince   PaDaly  Valet

                                   Port-au-Prince, Haiti

 

L'An I de la Nouvelle Haïti

 

Il  aura fallu ce séisme pour montrer au monde qu'Haïti n'existait pas. En  moins d'une minute, ce mensonge vieux de deux siècles  s'est dissipé. Port-au-Prince, cette ville arrogante et débonnaire, cette capitale accapareuse qui se prenait pour la République tout entière, est  aujourd'hui réduite à l'état d'atome. Elle n'existe plus. Les statistiques officielles, comme d'habitude, restent encore très en-deça de l'ampleur des dégâts. Cent cinquante mille morts ?  Quand même!  C'est toute une ville de plus de deux millions d'habitants qui vient de disparaître. Des milliers de cadavres gisent encore sous les décombres. La ville pue. De partout. Enfin, de tout ce qu'il lui reste de pores non obstrués  par les débris. Combien de morts ? Dieu seul le sait !  Plus d'un tiers de la population ne disposait pas de pièces d'identité, voire d'adresse définie. Les recensements, quand l'Etat s'y résigne,  relevaient de la farce. Cet Etat a toujours fonctionné envers le peuple haïtien à la lisière d'une indifférence criminelle. Après le séisme du 12 Janvier, notre président de la République a attendu neuf jours avant de s'adresser officiellement  au pays. Comme Godot, on l'attendait et on l'attend encore. Dans la frustration. Bien des urgences requièrent une présence haïtienne et l'affirmation d'une autorité en charge. On attend qu'il démontre enfin un minimum de leadership structuré et de compassion à l'endroit de ce peuple de sans-abri et de ces populations affamées.  L'absurde haïtien semble une fois de plus  vouloir donner au tragique ses contours inhumains et définitifs.

 

Moins que des bâtiments en béton,  c'est toute une histoire sanglante qui vient de s'effondrer dans le sang. Hélas, du sang, des cadavres comme cette terre meurtrie, ce peuple martyr n'en ont jamais vus auparavant. Nous continuerons à  pleurer nos morts des années durant. Mais jamais nous ne pleurerons la disparition de cet appareil d'état corrompu et criminel, historiquement  piloté par des profiteurs, des hommes sans grandeur qui n'ont su s'élever à la hauteur des défis et aspirations profondes de cette nation traumatisée, encore en voie de formation.  Le séisme a mis bas les masques. Il a fait tout sauter. Des plans politiciens de confiscation astucieuse du pouvoir et de colonisation effrontée des institutions, jusqu'aux lieux physiques où s'organisaient traditionnellement le viol des consciences et la  déroute de la République. Jamais l'histoire tourmentée haïtienne n'a pu se lire avec autant de limpidité. Peuple fier et de braves, nous nous sommes finalement rendu compte que nous avons toujours été orphelins d'Etat.

 

Dans les décennies à venir, il s'agira de reconstruire Haïti. Brique par brique. A pas mesurés et pensés. Sur de nouvelles bases. D'introduire – enfin!- et de faire respecter des normes de construction parasismiques. Le grand saut. Une entrée, certes,  violente et saccadée dans la modernité et la normalité du reste du monde, sous l'effet d'une forte secousse tellurique faucheuse de vies mais porteuse de leçons et de vertus,  qu'il nous faudra dompter pour ne pas perdre dans notre désordre coutumier le sens des perspectives et des enjeux.  Nous ne saurions procéder ni réussir en faisant l'économie d'un vrai dialogue social sur la refondation de l'Etat haïtien et des principes citoyens qui le gouverneront.  Un nouveau citoyen Haïtien, revu et corrigé, et un Etat citoyen moderne et humaniste, issu des coordonnées profondes et matricielles d'une nation haïtienne reconstituée et redéfinie, devront nécessairement émerger des décombres de l'actuelle Haïti. Et de sa vielle histoire aujourd'hui défunte.  Car, en vérité,  les morts stupides de ce séisme ont été aussi et surtout  le fait de citoyens et d'un Etat haïtien pareillement stupides. 

 

L'année 2010 devra marquer pour nous l'an I de la Nouvelle Haïti. Et d'une nouvelle Histoire.        

 

 D.V.


Reconstruction d’Haïti: Plaidoyer pour un système de réhabilitation de tous les handicapés

Reconstruction d'Haïti: Plaidoyer pour un système de réhabilitation de tous les handicapés


Bien avant le séisme du 12 janvier, sans aucun système d'assistance sociale, les 800,000 handicapés haïtiens[i][i] vivant avec des infirmités mentales, physiques et sensorielles menaient une vie très difficile. Haïti, n'étant pas réputée accueillante envers ses handicapés, on peut s'attendre à une situation encore plus difficile pour des milliers de personnes qui ont été amputées et devenues infirmes suite aux blessures lourdes. Haïti a une déficience criante de thérapeutes professionnels en réhabilitation et qui pis est, elle ne dispose même pas d'un système national de soins de réhabilitation pour les handicapés.


Beaucoup de pays développés ont réglé cette rareté de professionnels en thérapie de réhabilitation en mettant en place des systèmes de Réhabilitation à Base Communautaire communément appelé (CBR :Community Based Rehabilitation) en anglais dans lequel des individus de chaque communauté ou voisinage (souvent un volontaire ou membre de la famille de la personne handicapée) reçoivent la formation nécessaire pour fournir des services de base et de support en réhabilitation. David Werner, Brian O'Toole[ii][ii] et d'autres se sont fait le champion du RBC et son efficacité a été démontrée dans des études traitant des enfants infirmes et des patients adultes tombés en apoplexie. Parmi des exemples de programmes « CBR », retenons ceux du projet « 3D » en Jamaique, « Los Pipitos » au Nicaragua et de la « Fondation Protibondhi » du Bangladesh.


Toutefois, les programmes de Réhabilitation à Base Communautaire ne sont ni bon marché ni des bouche-trous. Ils exigent une organisation étendue, communauté-par-communauté, une formation initiale et continue, et des ressources pour payer des salaires modestes aux travailleurs du programme. En Haïti particulièrement, vu le nombre élevé de blessures lourdes suite au séisme, il est essentiel que le programme RBC soit étroitement lié aux centres régionaux dans lesquels les experts en matière de réhabilitation développent un premier plan de soin et maintiennent une supervision continue des formateurs dans le système. De tels programmes nécessitent du financement à long terme, le partenariat des secteurs public et privé de la santé et les systèmes de services sociaux.

Haïti dispose le début d'une telle approche, mais vraiment elle est à ses premiers balbutiements. PAZAPA, une petite ONG haïtienne évoluant dans le Sud Est a un projet similaire. Il se concentre sur les enfants souffrant de déficiences physiques et des retards de croissance. « Healing Hands for Haïti » dispose d'un centre de réhabilitation et un atelier de prothèses qui fabrique des membres artificiels à Port-au-Prince et canalise en Haïti des professionnels en réhabilitation. Elles ont eu malheureusement leur local sévèrement endommagé par le séisme.


Apres le séisme, une pléthore d'organisations non- gouvernementales (ONG) ses sont déployées sur le terrain amenant des spécialistes en réadaptation, en réhabilitation et de l'aide matérielle. Pour ne citer que quelques unes : Handicap International fournit des services directs de réhabilitation et des directives post soin aux familles et aide également aux efforts de coordination générale comme membre du Groupe de Travail : « Blessure, Réhabilitation et Infirmité » mis sur pied par les Nations Unies comprenant le les représentants du Ministère de la santé Publique et de la Population et le Secrétariat pour l'Intégration des Personnes Handicapées (SEIPH). Prometteur, ce groupe de travail ne planche pas seulement sur les efforts de réhabilitation à court-terme, mais a également la charge de développer la composante traitant des Personnes Handicapées du Plan National de Reconstruction d'Haïti avec des rôles clés pour le MSPP et le SEIPH). Un nouvel hôpital a été mis en place par Médecins Sans Frontières à Sarthes pour offrir une prise en charge aux blessés lourds et aux handicapés. D'autres fournissent des prothèses sur mesure, quelques unes pour un durée limitée et d'autres pour le long-terme.


On vient d'apprendre également que l'ONU vient de créer un groupe de travail destiné à suivre la situation des handicapés en Haïti. L'objectif serait non seulement de protéger les handicapés, en tant que population particulièrement vulnérable, mais également d'assurer leur implication dans le processus de décision et de reconstruction du pays, précise le Centre de nouvelles de l'ONU en date du 5 mars 2009. On souhaite vivement que les voix et les perspectives de ce groupe seront prises en compte dans le Plan national de reconstruction dont la rédaction est en cours par des experts haïtiens et étrangers pour la réunion préparatoire technique des 17 et 18 mars à Santo Domingo avant la conférence de New York le 31 mars.


Ces efforts sont louables, mais ils ne conduiront pas à un système National de réhabilitation. Historiquement, le gouvernement haïtien est faible et risque d'être éclipsé par les ONG vu que ce système nécessitera une coordination centrale forte et pourvu de ressources adéquates.


Cette situation est aggravée par la façon dont les programmes sociaux sont financés : les donateurs internationaux, prétextant que le gouvernement haïtien est inefficace et corrompu, préfèrent canaliser aux ONG l'aide assignée à des projets spécifiques, souvent de courte durée sans la promotion d'une base pour le long terme. Ceci crée un cercle vicieux dans lequel les entités de l'Etat qui normalement devaient coordonner le processus telles le SEIPH, le MSPP, les Affaires Sociales sont sous financés, la pauvreté et la non priorité pour ce groupe par l'Etat Central aidant. Elles seront restées malheureusement sur le banc de touche sans les moyens de leur politique malgré la bonne volonté.


Haïti est à une période critique de sa vie de nation. Les conditions existantes actuelles aussi malheureuses qu'elles soient, ouvrent cependant les possibilités pour des changements radicaux dans l'organisation des services sociaux et humains. Le tremblement de terre du 12 janvier et ses répercussions ont clairement démontré que ce soit à travers les médias et dans l'esprit des responsables d'ONG la nécessité de la mise sur pied de systèmes organisés de réhabilitation à long-terme comprenant les soins de santé et les services sociaux. Dans des discussions avec des responsables du SEIP et du MSPP, ils ont fait part d'une vision partagée de la nécessité de constituer des ressources humaines haïtiennes et de construire des infrastructures de santé et de réhabilitation. Ils ont aussi souligné l'importance des organisations de la société civile, ONG comprises ainsi que l'appropriation haïtienne des solutions à la réhabilitation.


Quelques étapes pouvant conduire vers un système national de réhabilitation comprendraient entre autres :

· Un engagement inclus dans le Plan National de Reconstruction d'Haïti pour l'organisation d'un système de soins en réhabilitation pour tous les haïtiens handicapés, pas seulement ceux victimes du séisme et d'incapacité physique ; le plan intégrera la médecine de pointe en réhabilitation avec éventuellement le modèle RBC pour atteindre tous les coins du pays.

· La création d'un registre national de tous les haïtiens handicapés afin de faciliter le suivi des soins à prodiguer aux individus (constituer un registre pour ceux évacués à l'extérieur) dans le cadre d'une planification globale. Handicap International a commencé une base de données pour suivre les progrès de ceux qui ont souffert de blessures lourdes (particulièrement les amputations). SEIPH est entrain d'établir sa propre base de données pour tous les handicapés. Il est crucial de construire ces systèmes d'information de sorte que les données rassemblées par chaque O.N.G. s'ajoutent à la base nationale de données de l'Etat Haïtien.

· Création d'une commission nationale d' handicapés (présidée par le SEIPH), comprenant certains ministères (Santé, Education, Affaires Sociales et du Travail, Commerce, Transport), des leaders de poids, de la société civile, les ONG et les représentants de la communauté des handicapés- pour coordonner la politique et les programmes relatifs aux infirmités- s'assurer par exemple que des problèmes relatifs à la mobilité, l'accès physique, les droits sur les lieux de travail et l'éducation soient pris en considération pendant la reconstruction du pays.

· Création d'un vrai partenariat ou les responsabilités seront partagées entre les ONG haïtiennes et internationales et les entités de l'Etat, dans lequel les programmes des ONG sont délimités, coordonnés l'une avec l'autre et s'ajustent dans un système national. Il est à prévoir également dans ce partenariat que les financements de l'extérieur en plus de renforcer l'efficacité et les des approches des ONG, doit supporter les autorités haïtiennes et promouvoir et construire des d'infrastructures sur le long-terme avec également la mise en place d'un système d'assistance sociale pour les handicapés.

Jean-Claude Louis / Marika MacRae /Harris Huberman


[i][i] Le Nouvelliste, Discours de Gerald Oriol Jr. Fondation J'Aime Haiti, October 15, 2007

[ii][ii] David Werner est l'auteur du Livre " Where There is No Doctor," "Kote ki pa gen doktè". Il a travaille pendant 37 dans la réhabilitation a base communautaire dans de nombreux pays du tiers dont le Mexique particulièrement. Brian O'Toole, auteur bien connu a développé du matériel de formation pour des programmes de réhabilitation à base communautaire pour des enfants handicapés.

Commentaires de Ray H. Killick sur l'Editorial de Daly Valet.

Amis-lecteurs,
 
Valet écrit : "Heureusement, il y avait ce peuple de braves et d'ingénieux pour nous convaincre que l'autre Haïti était possible." Malheureusement, il s'agit de l'autre nation, la démunie, la marginalisée qui ne sait pas encore s'affirmer dans le sens de ses intérêts profonds et mépriser le chant des sirènes qui depuis 200 ans l'induisent dans le chemin du chaos. Il s'agit de la nation qui a appris à survivre en dépit de la démission des élites. Elle continuera de survivre et de vivoter jusqu'au jour où son Toussaint émergera pour façonner l'homme nouveau qui construira le pays de demain.
 
Aujourd'hui, les élites vont écrire encore l'histoire de ce pays avec l'assistance internationale, car le destin de la nation se joue à huis clos entre les représentants des élites et ceux de la communauté internationale sans interlocuteurs valables qui se sont prouvés dans la cause des masses. Dans leur entêtement à ne vouloir voir que le fond de leurs poches et les intérêts de leurs tribus, on se demande si elles auront cette fois-ci au moins la sagesse de miser sur leurs intérêts à long terme qui passent nécessairement par l'émancipation du peuple illétré. Émancipation des masses, tout le monde le sait. Les marxistes l'ont écrit en 1847. Washington, Jefferson, Adams, et Madison ont fondé les États-Unis sur la liberté individuelle et le consentement des masses. Alors ?
 
Ces élites qui ont fait le 29 février 2004 avec leur groupe des 184 qui a trompé le peuple sont aujourd'hui ces mêmes élites qui vont définir une nouvelle page d'histoire. Alors que le peuple est préoccupé par l'exigence de survie, les élites s'occupent de ce qui est important pour l'avenir. Avenir de qui ? Voilà pourquoi l'éditorial de Valet qui regarde en face (peuple de braves) devrait regarder à l'intérieur et faire une sorte d'intropspection.
 
On peut choisir de faire de la poésie ou de rêver comme Daly Valet. Ou bien on peut choisir d'affronter la réalité dure. L'internationale est en train de colmater la situation d'urgence, mais ses interlocuteurs demeurent les élites haïtiennes. Alors, il faut se demander : comment vont-ils s'y prendre pour construire un pays (qu'ils professent vouloir construire) avec la même mentalité qui l'a détruit ?
 
Justement, quand des élites ne peuvent réaliser un rêve de société normale où chaque individu a l'opportunité de s'émanciper et de contribuer selon ses capacités à la richesse nationale, on ne peut que conclure comme Valet : "...cette Nouvelle Haïti...C'est à la fois notre pari et notre parti pris au Matin." Tel un casino, dirigé par les élites, où se présente la majorité, celle-ci ne peut jamais gagner en tant que collectivité, même quand certains éléments des masses se frayent un chemin dans la haute société. The house never loses!
 
Contrairement à Daly Valet, j'invite mes compatriotes des élites qui veulent vivre l'équation de la crédibilité de Covey à travailler avec les masses et éviter le pari au Casino d'Ali Baba. Un pari ne veut rien dire. L'humain doit investir dans l'humain pour façonner la vie nouvelle. Le pari de Valet est un pari d'impuissance. On regarde en face "un peuple de braves et d'ingénieux" comme si, les mains nues, sans leaders, ces masses vont retrouver d'elles-mêmes la route qu'avaient jadis tracée jadis les Toussaint et Christophe.
 
Quand je parle des élites, je ne parle pas d'un individu en particulier qui "brille sur le podium mondial". Je parle d'une collectivité dont l'une des missions historiques est l'émancipation des masses. Je parle de collaboration nationale pour la crédibilité nationale et internationale. Il nous faut dépasser le vernis de l'écriture pour dégager un comportement collectif qui fera des élites un partenaire de choix pour les masses et pour la communauté internationale dans un pays, qui, alors, aura retrouvé sa vocation originelle.
 
Encore une fois:
 
Crédibilité = intégrité + intention + capacité + résultats
 
Et n'oubliez pas que intégrité + intention définissent le caractère de l'individu, de l'entreprise, d'un gouvernement. Ne faites pas comme ceux qui, retranchant l'intégrité de l'équation s'imaginent qu'ils peuvent maintenir la crédibilité qui fait défaut à ce pays. Ces experts de l'arithmétique primaire peuvent vous faire croire qu'en retranchant l'intégrité, l'intention et la capacité de la crédibilité, on peut obtenir des résultats.
 
Le temps n'est plus aux paris mais à la preuve qu'en tant que compatriotes on veut et on peut collaborer pour recouvrer notre crédibilité 200 ans perdue. Le changement en Haïti ne peut se matérialiser sans un consensus national dans le cas idéal et dans l'immédiat ou sans un éclatement social qui sera plus terrible que le séisme du 12 janvier si les élites ne prennent pas au sérieux la gravité de la situation précaire des masses.
 
Les plaisanteries ont assez duré. Cessez de miser sur les miracles. Travaillez pour être crédibles, individuellement et collectivement. Aucun pays dans l'état actuel d'Haïti n'a négocié un tournant décisif sans un compromis historique entre les différents secteurs de la vie nationale.
 
Ray H. Killick

dimanche 7 mars 2010

Epiphanie, par Daly Valet

Éditorial

Ce numéro spécial du Matin, notre premier depuis la catastrophe du 12 janvier, se veut annonciateur d'une Nouvelle Haïti. D'une histoire autre. L'ancienne, on la croyait définitivement enterrée sous les décombres de Port-au-Prince. Mais on la sent encore, perfide et indécrottable, qui résiste et qui tend à se refaire une nouvelle santé comme une mutante. Elle défile encore devant nous, imperturbable, sous les traits de ses avatars que sont la petite et la grande corruption, l'incompétence ahurissante des élites établies, l'irrationnel et le communalisme primitif et antiscientifique. L'hydre est multiforme. C'est dire que le ventre d'où nous est sortie la bête immonde est encore fécond. Il nous faut résolument l'abattre. Une bonne fois pour toutes. Pour nos enfants et l'Haïti à naître.

Cette génération d'Haïtiens et d'Haïtiennes qui a survécu à ce séisme destructeur se voit dévolue la lourde et délicate tâche de construire enfin un pays, de fonder une société équitable et moderne ouverte aux lumières, et d'édifier un État citoyen. Fardeau colossal, s'il en est ! Pourtant, cet héritage qui tombe sur nos épaules n'est assorti d'aucun testament. Il y a comme une sorte de césure irrémédiable, brusque et, par endroits, impénétrable, entre un passé répudiable et ce présent méconnaissable et insaisissable. Les repères historiques pour la refondation manquent. Nous voguons à vue entre ciel et terre. Il va falloir inventer et nous réinventer en tant que peuple. Nous n'y étions pas préparés culturellement et intellectuellement, habitués que nous sommes aux opérations de dechoukaj de nous-mêmes et de démantèlement de nos patrimoines. À l'heure de la reddition des comptes et des calculs arithmétiques macabres - près de trois cent mille morts ! - il y a lieu d'admettre qu'Haïti s'était effondrée moralement et spirituellement bien avant ce fatidique mardi du mois de janvier; et que ses propres fils lui ont causé autant, sinon plus de dommages que ce séisme assassin. Ils l'ont rendue exsangue. Famélique. Dévaluée. Indigente. Sale. Polluée. Dépossédée jusque dans sa verdure légendaire et son intimité. Paria parmi les autres nations, ce pays se retrouve aujourd'hui à genoux, dépendant de la charité des uns et des autres pour sa survie.

Heureusement, il y avait ce peuple de braves et d'ingénieux pour nous convaincre que l'autre Haïti était possible. Quand tout était à terre et leurs dirigeants en cavale, désarçonnés, desarticulés et à plat, ils étaient là debout, plus résilients que jamais, s'aidant et s'entraidant dans le malheur et l'innommable. Cet invariant de l'identité haïtienne nous donne de bonnes raisons de croire en l'avenir. Et d'espérer. Du chaos et de la désolation actuels naîtra immanquablement le pays qu'il nous faut. Elle adviendra, cette Nouvelle Haïti ! C'est à la fois notre pari et notre parti pris au Matin.

Daly Valet , Directeur

Malgré les attentats, les Irakiens ont voté en nombre.


Al-Qaida a menacé de tout faire pour troubler la tenue d'un scrutin jugé crucial pour l'avenir de l'Irak.
AFP/JOSEPH EID
Al-Qaida a menacé de tout faire pour troubler la tenue d'un scrutin jugé crucial pour l'avenir de l'Irak.

Malgré les bombes, malgré les obus, de nombreux Irakiens se sont rendu dimanche dans les bureaux de vote pour un scrutin législatif crucial. Selon les premières estimations données par les responsables locaux, les régions sunnites qui avaient boycotté le scrutin en 2005 ont voté davantage que les provinces chiites. Ainsi 90 % des électeurs se sont rendus aux urnes dans la province de Diyala et, dans la province de Kirkouk que se disputent Arabes et Kurdes, 70% des électeurs ont fait leur devoir de citoyen. En revanche, dans les régions chiites le pourcentage varie entre 46% à Kut à 64% à Mouthana.

Un taux de participation en forme de camouflet pour Al-Qaïda qui avait menacé de mort quiconque participerait à ces élections, les deuxièmes depuis le renversement de Saddam Hussein. "Cette journée a montré l'échec du terrorisme et la victoire de la volonté du peuple", a déclaré à la télévision le Premier ministre Nouri al-Maliki.

38 MORTS ET 110 BLESSÉS

Les Etats-unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Union européenne ont salué "le courage" des Irakiens qui ont été voter malgré les attentats.

Dès l'ouverture du scrutin, les tirs d'obus de mortier et de roquettes katioucha ont secoué la capitale, survolée par des hélicoptères. Au moins soixante-dix projectiles sont tombés principalement sur les quartiers sunnites. Trente huit personnes ont été tuées par ces tirs. Vingt-cinq ont péri dans l'effondrement d'un immeuble à Our, dans le nord de Bagdad, selon le ministère de l'Intérieur. Les autres sont mortes dans la capitale et ses environs.

Le nombre de blessés s'élève à 110 personnes dans tout le pays, dont 13 par des tirs d'obus contre un bureau de vote à Iskandariya, à 50 km au sud de Bagdad.

Environ 19 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour désigner les 325 députés pour un mandat de quatre ans durant lequel 96 000 soldats américains quitteront définitivement l'Irak. Plusieurs centaines de milliers de militaires et policiers protégeaient les 46 000 bureaux de vote. Ces législatives devaient consacrer l'hégémonie politique des chiites, qui représentent près de 60 % de la population et le retour sur la scène politique des sunnites, qui ont perdu en 2003 la direction de l'Etat qu'il détenait depuis sa création en 1920.

Douze coalitions et 74 partis étaient en lice mais deux listes sont données favorites: l'une ayant une forte connotation religieuse chiite, "l'Alliance pour l'Etat de droit" de M. Maliki, et l'autre résolument laïque, le Bloc Irakien, dirigé par l'ancien chef du gouvernement Iyad Allawi. Ce dernier a critiqué la Haute commission électorale pour sa mauvaise organisation et l'a enjointe "d'être exacte dans les décomptes et de bien surveiller les procédures".

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Une Irakienne à la sortie d'un bureau de vote à Bagdad.
AFP/JOSEPH EID
Une Irakienne à la sortie d'un bureau de vote à Bagdad.


Entre 500 et 600 observateurs étrangers surveillent le déroulement du scrutin., aux côtés de 200 000 à 300 000 observateurs irakiens.
REUTERS/AHMED JADALLAH
Entre 500 et 600 observateurs étrangers surveillent le déroulement du scrutin.,
aux côtés de 200 000 à 300 000 observateurs irakiens.

Des femmes arrivent à un bureau de vote à Bagdad.
AFP/SABAH ARAR
Des femmes arrivent à un bureau de vote à Bagdad.
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