Reconstruction d'Haïti: Plaidoyer pour un système de réhabilitation de tous les handicapés
Bien avant le séisme du 12 janvier, sans aucun système d'assistance sociale, les 800,000 handicapés haïtiens[i][i] vivant avec des infirmités mentales, physiques et sensorielles menaient une vie très difficile. Haïti, n'étant pas réputée accueillante envers ses handicapés, on peut s'attendre à une situation encore plus difficile pour des milliers de personnes qui ont été amputées et devenues infirmes suite aux blessures lourdes. Haïti a une déficience criante de thérapeutes professionnels en réhabilitation et qui pis est, elle ne dispose même pas d'un système national de soins de réhabilitation pour les handicapés.
Beaucoup de pays développés ont réglé cette rareté de professionnels en thérapie de réhabilitation en mettant en place des systèmes de Réhabilitation à Base Communautaire communément appelé (CBR :Community Based Rehabilitation) en anglais dans lequel des individus de chaque communauté ou voisinage (souvent un volontaire ou membre de la famille de la personne handicapée) reçoivent la formation nécessaire pour fournir des services de base et de support en réhabilitation. David Werner, Brian O'Toole[ii][ii] et d'autres se sont fait le champion du RBC et son efficacité a été démontrée dans des études traitant des enfants infirmes et des patients adultes tombés en apoplexie. Parmi des exemples de programmes « CBR », retenons ceux du projet « 3D » en Jamaique, « Los Pipitos » au Nicaragua et de la « Fondation Protibondhi » du Bangladesh.
Toutefois, les programmes de Réhabilitation à Base Communautaire ne sont ni bon marché ni des bouche-trous. Ils exigent une organisation étendue, communauté-par-communauté, une formation initiale et continue, et des ressources pour payer des salaires modestes aux travailleurs du programme. En Haïti particulièrement, vu le nombre élevé de blessures lourdes suite au séisme, il est essentiel que le programme RBC soit étroitement lié aux centres régionaux dans lesquels les experts en matière de réhabilitation développent un premier plan de soin et maintiennent une supervision continue des formateurs dans le système. De tels programmes nécessitent du financement à long terme, le partenariat des secteurs public et privé de la santé et les systèmes de services sociaux.
Haïti dispose le début d'une telle approche, mais vraiment elle est à ses premiers balbutiements. PAZAPA, une petite ONG haïtienne évoluant dans le Sud Est a un projet similaire. Il se concentre sur les enfants souffrant de déficiences physiques et des retards de croissance. « Healing Hands for Haïti » dispose d'un centre de réhabilitation et un atelier de prothèses qui fabrique des membres artificiels à Port-au-Prince et canalise en Haïti des professionnels en réhabilitation. Elles ont eu malheureusement leur local sévèrement endommagé par le séisme.
Apres le séisme, une pléthore d'organisations non- gouvernementales (ONG) ses sont déployées sur le terrain amenant des spécialistes en réadaptation, en réhabilitation et de l'aide matérielle. Pour ne citer que quelques unes : Handicap International fournit des services directs de réhabilitation et des directives post soin aux familles et aide également aux efforts de coordination générale comme membre du Groupe de Travail : « Blessure, Réhabilitation et Infirmité » mis sur pied par les Nations Unies comprenant le les représentants du Ministère de la santé Publique et de la Population et le Secrétariat pour l'Intégration des Personnes Handicapées (SEIPH). Prometteur, ce groupe de travail ne planche pas seulement sur les efforts de réhabilitation à court-terme, mais a également la charge de développer la composante traitant des Personnes Handicapées du Plan National de Reconstruction d'Haïti avec des rôles clés pour le MSPP et le SEIPH). Un nouvel hôpital a été mis en place par Médecins Sans Frontières à Sarthes pour offrir une prise en charge aux blessés lourds et aux handicapés. D'autres fournissent des prothèses sur mesure, quelques unes pour un durée limitée et d'autres pour le long-terme.
On vient d'apprendre également que l'ONU vient de créer un groupe de travail destiné à suivre la situation des handicapés en Haïti. L'objectif serait non seulement de protéger les handicapés, en tant que population particulièrement vulnérable, mais également d'assurer leur implication dans le processus de décision et de reconstruction du pays, précise le Centre de nouvelles de l'ONU en date du 5 mars 2009. On souhaite vivement que les voix et les perspectives de ce groupe seront prises en compte dans le Plan national de reconstruction dont la rédaction est en cours par des experts haïtiens et étrangers pour la réunion préparatoire technique des 17 et 18 mars à Santo Domingo avant la conférence de New York le 31 mars.
Ces efforts sont louables, mais ils ne conduiront pas à un système National de réhabilitation. Historiquement, le gouvernement haïtien est faible et risque d'être éclipsé par les ONG vu que ce système nécessitera une coordination centrale forte et pourvu de ressources adéquates.
Cette situation est aggravée par la façon dont les programmes sociaux sont financés : les donateurs internationaux, prétextant que le gouvernement haïtien est inefficace et corrompu, préfèrent canaliser aux ONG l'aide assignée à des projets spécifiques, souvent de courte durée sans la promotion d'une base pour le long terme. Ceci crée un cercle vicieux dans lequel les entités de l'Etat qui normalement devaient coordonner le processus telles le SEIPH, le MSPP, les Affaires Sociales sont sous financés, la pauvreté et la non priorité pour ce groupe par l'Etat Central aidant. Elles seront restées malheureusement sur le banc de touche sans les moyens de leur politique malgré la bonne volonté.
Haïti est à une période critique de sa vie de nation. Les conditions existantes actuelles aussi malheureuses qu'elles soient, ouvrent cependant les possibilités pour des changements radicaux dans l'organisation des services sociaux et humains. Le tremblement de terre du 12 janvier et ses répercussions ont clairement démontré que ce soit à travers les médias et dans l'esprit des responsables d'ONG la nécessité de la mise sur pied de systèmes organisés de réhabilitation à long-terme comprenant les soins de santé et les services sociaux. Dans des discussions avec des responsables du SEIP et du MSPP, ils ont fait part d'une vision partagée de la nécessité de constituer des ressources humaines haïtiennes et de construire des infrastructures de santé et de réhabilitation. Ils ont aussi souligné l'importance des organisations de la société civile, ONG comprises ainsi que l'appropriation haïtienne des solutions à la réhabilitation.
Quelques étapes pouvant conduire vers un système national de réhabilitation comprendraient entre autres :
· Un engagement inclus dans le Plan National de Reconstruction d'Haïti pour l'organisation d'un système de soins en réhabilitation pour tous les haïtiens handicapés, pas seulement ceux victimes du séisme et d'incapacité physique ; le plan intégrera la médecine de pointe en réhabilitation avec éventuellement le modèle RBC pour atteindre tous les coins du pays.
· La création d'un registre national de tous les haïtiens handicapés afin de faciliter le suivi des soins à prodiguer aux individus (constituer un registre pour ceux évacués à l'extérieur) dans le cadre d'une planification globale. Handicap International a commencé une base de données pour suivre les progrès de ceux qui ont souffert de blessures lourdes (particulièrement les amputations). SEIPH est entrain d'établir sa propre base de données pour tous les handicapés. Il est crucial de construire ces systèmes d'information de sorte que les données rassemblées par chaque O.N.G. s'ajoutent à la base nationale de données de l'Etat Haïtien.
· Création d'une commission nationale d' handicapés (présidée par le SEIPH), comprenant certains ministères (Santé, Education, Affaires Sociales et du Travail, Commerce, Transport), des leaders de poids, de la société civile, les ONG et les représentants de la communauté des handicapés- pour coordonner la politique et les programmes relatifs aux infirmités- s'assurer par exemple que des problèmes relatifs à la mobilité, l'accès physique, les droits sur les lieux de travail et l'éducation soient pris en considération pendant la reconstruction du pays.
· Création d'un vrai partenariat ou les responsabilités seront partagées entre les ONG haïtiennes et internationales et les entités de l'Etat, dans lequel les programmes des ONG sont délimités, coordonnés l'une avec l'autre et s'ajustent dans un système national. Il est à prévoir également dans ce partenariat que les financements de l'extérieur en plus de renforcer l'efficacité et les des approches des ONG, doit supporter les autorités haïtiennes et promouvoir et construire des d'infrastructures sur le long-terme avec également la mise en place d'un système d'assistance sociale pour les handicapés.
Jean-Claude Louis / Marika MacRae /Harris Huberman
[i][i] Le Nouvelliste, Discours de Gerald Oriol Jr. Fondation J'Aime Haiti, October 15, 2007
[ii][ii] David Werner est l'auteur du Livre " Where There is No Doctor," "Kote ki pa gen doktè". Il a travaille pendant 37 dans la réhabilitation a base communautaire dans de nombreux pays du tiers dont le Mexique particulièrement. Brian O'Toole, auteur bien connu a développé du matériel de formation pour des programmes de réhabilitation à base communautaire pour des enfants handicapés.