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mardi 16 août 2011

Haïti : Martelly, toujours sans gouvernement... Article de Jeune Afrique

Haïti : Martelly, toujours sans gouvernement...

11/08/2011 à 16h:28 Par Rémi Carayol
Michel Martelly le 20 mars 2011 à Port-au-Prince.
Michel Martelly le 20 mars 2011 à Port-au-Prince.
© Reuters

Trois mois après son investiture à la présidence, l'ancien chanteur Michel Martelly peine à imprimer sa marque. Et n'est même pas parvenu à former un gouvernement !

Cap-Haïtien, à l'extrême nord d'Haïti, le 26 juillet. Comme à son habitude depuis qu'il a pris la tête du pays, le 14 mai, Michel Martelly prend l'un de ces bains de foule qu'il affectionne tant. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Le cortège est malmené, des bouteilles et des pierres volent en direction du président. Selon son staff, un attentat est même évité de justesse. Le président s'en sortira avec une belle frayeur, mais les observateurs prennent au sérieux ces premières marques de mécontentement.

Au cours des jours suivants, c'est à Port-au-Prince, où la municipalité a entrepris d'expulser de force des sinistrés, que la colère gronde. « Nous ­avions voté Martelly dans l'espoir d'avoir accès à de meilleurs logements. Même s'il n'a pas encore de gouvernement, il pourrait tout de même faire cesser les expulsions forcées », dénonce un manifestant. Interrogé par l'agence américaine Associated Press, Frantz Nelson, qui affirme lui aussi avoir voté pour Martelly, résume la situation : « Il fait beaucoup de promesses, mais on ne voit rien venir. »

Il est étranger au sérail, c'était sa force. C 'est devenu sa faiblesse : il fait des erreurs de débutant.
Le jugement est certes hâtif : Martelly a hérité il y a trois mois d'un pays exsangue, qui ne s'est toujours pas relevé du séisme du 12 janvier 2010 et n'en a pas encore fini avec l'épidémie de choléra (plus de 5 400 morts en moins d'un an). Mais il traduit les difficultés du chanteur à imprimer sa marque. « Ses premiers pas à la présidence sont difficiles, c'est le moins que l'on puisse dire, commente un diplomate occidental, mais c'est un peu normal : il n'avait aucune expérience politique. »

Sa force, celle qui lui a permis de séduire 67 % des électeurs le 20 mars, est devenue sa faiblesse. Élu parce qu'il n'appartenait pas au sérail politique – et qu'il s'en vantait –, Martelly a fait des erreurs de débutant. « Il croyait pouvoir tout faire tout seul. Mais il a oublié que la Constitution fait la part belle au pouvoir législatif », explique un journaliste. Ne disposant pas d'une majorité au Parlement, dominé par Inité, le parti de son prédécesseur René Préval, Martelly a commis sa première bévue en tentant d'imposer son Premier ministre. Résultat : les parlementaires se sont braqués et, trois mois après sa prise de fonctions, le pays n'a toujours pas de gouvernement.

Son choix initial pour la primature, l'entrepreneur Daniel Rouzier, a été officiellement rejeté par les législateurs parce qu'ils avaient des doutes sur sa probité – et même sur sa nationalité haïtienne. En fait, ils ont voulu faire payer au président son mépris à leur égard : il s'était abstenu de les consulter au préalable et avait clairement signifié qu'il n'était pas question de négocier. Depuis, Martelly a mis de l'eau dans son vin. Mais il n'arrive toujours pas à imposer son second choix, le juriste Bernard Gousse.

Moralité douteuse

Bref, Haïti est dans l'impasse. Les services publics fonctionnent au ralenti et les investisseurs attendent d'y voir plus clair. Car si Martelly suscite un certain espoir dans les milieux d'affaires, il inquiète aussi. En juin, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a appelé le chef de l'État à se séparer de plusieurs de ses collaborateurs : d'anciens policiers « à la moralité douteuse » soupçonnés d'avoir trempé dans le trafic de stupéfiants, il y a plus de dix ans. Ses relations avec la presse, qu'il lui est arrivé de menacer, sont également houleuses.

« La lune de miel de Martelly avec les Haïtiens a été très courte », note International Crisis Group dans un rapport publié le 28 juin. Depuis trois mois, le président a bien lancé quelques programmes, comme le financement de la scolarisation par une taxe sur les appels en provenance de l'étranger ou la mise en place d'un plan de relogement de trente mille sans-abri. Mais c'est loin d'être suffisant pour les milliers d'Haïtiens qui ont cru en lui. Et notamment les jeunes. Dans les camps de fortune, sous les tentes surchauffées, la patience n'est pas la vertu la mieux partagée.

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