Depuis le 18 octobre dernier, Haïti est au centre des débats. L'embuscade perpétrée contre 4 soldats salvadoriens déployés en Haïti au sein de la Force de répression des gangs (FRG) laisse planer toutes les spéculations. La presse salvadorienne et sa diplomatie sont à pied d'œuvre et, en toute légitimité, font monter la pression pour retrouver les soldats portés disparus.
Mais ce qui paraît être une simple attaque orchestrée par les gangs terroristes haïtiens, qui contrôlent 90% de la capitale, pourrait cacher d'autres dimensions. Car entre la réalité et ce qu'on veut projeter, il y a toujours un grand écart.
1. Le choix de la cible : des soldats salvadoriens.
On connaît l'histoire du régime du Président Nayib Bukele et sa politique de répression sans pitié des gangs au Salvador. Cette politique a créé un manque à gagner considérable pour les cartels transnationaux de la drogue, du trafic humain et du crime organisé.
2. Le mode opératoire : des soldats circulant dans un véhicule tout-terrain.
Ils n'étaient visiblement pas en mission de combat, sinon ils auraient été accompagnés d'équipements et de dispositifs appropriés. On peut en déduire qu'ils étaient suivis. Soit leur itinéraire était connu d'avance, soit ils faisaient l'objet d'une opération de surveillance ciblée.
3. Le sort des soldats : si les rumeurs d'exécution se confirment.
On devra en déduire que leur sort était scellé d'avance. Il s'agirait alors de l'exécution d'un contrat. Car on voit mal comment des gangs de quartiers populaires déshérités d'Haïti décideraient d'ôter la vie à quatre soldats qui pourraient leur servir de monnaie d'échange, tout en sachant qu'un tel acte attirerait sur eux des représailles terribles.
Il y a aussi l'actuel pouvoir de transition, qui tire sa légitimité de la situation chaotique pour se maintenir au pouvoir. C'est d'ailleurs ce qui justifie son existence de facto. Contrairement aux dirigeants salvadoriens, les intérêts du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, des membres de son gouvernement et de tous les oligarques corrompus et mafieux qui bénéficient de sa gouvernance criminelle sont liés au maintien du statu quo chaotique en Haïti.
Le Président Nayib Bukele étant un allié idéologique, politique et sécuritaire du Président Donald Trump, humilier et sacrifier des soldats de son pays enverrait un message exponentiel :
a) Politique : attaque contre les soldats d'une figure emblématique de la droite conservatrice en Amérique latine ;
b) Sécuritaire : échec de la campagne anti-cartels et anti-gangs en Amérique ;
c) Diplomatique : échec de la politique du Président Trump en Haïti.
Faut-il rappeler que la FRG est une création de l'Administration Trump, suite à une résolution proposée par les États-Unis et le Panama ? Le Salvador a rejoint la mission à la demande des États-Unis ; la politique d'alignement du Président Bukele sur Donald Trump a été déterminante.
Marco Rubio et Donald Trump peuvent continuer à minimiser la situation en Haïti. Mais si l'on tient compte de l'article du New York Times qui a documenté le kidnapping d'un mercenaire américain d'une société privée voulant travailler contre les gangs en Haïti, on peut dire que nous sommes face à un projet paramilitaire et clandestin visant à effacer l'État haïtien et à détruire Haïti au profit de pays ou d'entités multinationales commerciales, terroristes ou mafieuses.
Le New York Times a en effet rapporté le cas de la société militaire privée américaine Studebaker Defense Group : cette société, qui avait déployé des agents pour entraîner la police haïtienne, a vu son coordinateur logistique haïtien, Miot Patrice Jacquet, et un agent de liaison de la police être enlevés et présumés morts lors d'une opération. L'enquête avait révélé que des armes leur appartenant avaient été volées par des hommes armés de mèche avec des policiers corrompus. [https://www.nytimes.com/2025/08/02/us/americans-kidnapped-haiti-gangs-studebaker.html]
Le chaos haïtien risque d'offrir aux ennemis de partout des possibilités inimaginables. C'est la raison pour laquelle nous dénonçons la stratégie de cohabitation de Erik Prince, VECTUS GLOBAL avec les chefs de gangs en Haïti.
Cyrus Sibert, Journaliste
21 Octobre 2026
Lisez :
- Haïti : Quand Erik Prince protège les chefs de gangs, 5 soldats salvadoriens capturés.
https://reseaucitadelle.blogspot.com/2026/10/haiti-quand-erik-prince-protege-les.html
- La stratégie d'Erik Prince en Haïti risque d'être génocidaire.
https://reseaucitadelle.blogspot.com/2026/10/la-strategie-derik-prince-en-haiti.html
- POUR UN EMBARGO INTERNATIONAL SUR LES ARMES EN RÉPUBLIQUE DOMINICAINE
https://reseaucitadelle.blogspot.com/2026/10/pour-un-embargo-international-sur-les.html
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