mercredi 14 octobre 2026

La stratégie d'Erik Prince en Haïti risque d'être génocidaire. (Texte de Cyrus Sibert)


Dans une interview sur CNN, Erik Prince, fondateur de la compagnie de mercenaires Vectus Global, a donné une réponse qui révèle une menace pour la vie des jeunes des quartiers pauvres : « Insurgencies are not defeated by taking out just leadership. Wars are won by taking significant manpower off the battlefield. We are in the process of doing that » (Les insurrections ne sont pas vaincues en éliminant seulement les dirigeants. Les guerres se gagnent en retirant des effectifs significatifs du champ de bataille. C'est ce que nous sommes en train de faire).

Il répondait à la question de savoir pourquoi aucun chef de gang n'est éliminé dans le reportage de CNN titré : “Inside Erik Prince's anti-gang mercenary operation in Haiti.”

D'un point de vue militaire, Erik Prince a raison. À travers cette déclaration, il nous dit qu'il applique une stratégie d'attrition consistant à épuiser l'ennemi, à éliminer ses capacités matérielles et surtout humaines, à l'affaiblir pour l'empêcher d'occuper des positions jusqu'à le faire déserter le champ de bataille.

Mais la stratégie classique d'attrition, compréhensible et raisonnable dans une guerre qui oppose des armées de nations ennemies, est-elle acceptable dans le contexte haïtien ?

1- L'attrition vise à faire durer la guerre sur un temps suffisamment long pour épuiser l'ennemi. Si le gouvernement de facto cherche à rester au pouvoir le plus longtemps possible, combien de temps le peuple haïtien pourra-t-il encore attendre avant de pouvoir vivre en paix dans son propre pays ?

2- Les conséquences d'une stratégie d'attrition sont d'ordre démographique. Vous devez éliminer le plus de combattants possible jusqu'à créer une pénurie de ressources humaines chez l'ennemi. Mais en Haïti, si vous n'éliminez pas les chefs de gangs, ils garderont leur emprise sur les pauvres des bidonvilles, qu'ils embrigaderont contre leur gré dans des unités pour les envoyer se faire tuer. À terme, cela entraînera une réduction de la population jeune dans le pays.

En conséquence, avec cette stratégie, Erik Prince et le gouvernement d'Alix Didier Fils-Aimé décident d'exterminer la jeunesse défavorisée des quartiers pauvres de la capitale haïtienne.

C'est inacceptable !

Toute stratégie d'attrition sans isolement de l'ennemi entraîne des conséquences démographiques. Car, ayant accès à la population en général, les rebelles terroristes continueront à recruter des innocents sous la menace.

À travers l'histoire, on applique cette méthode contre un groupe humain que l'on souhaite éliminer ou affaiblir pour des raisons stratégiques, idéologiques ou géopolitiques. La Russie de Poutine impose actuellement une stratégie d'attrition à l'Ukraine qui a déjà de graves conséquences sur sa démographie (décès, blessés et exode).

Dans le cas d'Haïti, nous sommes plutôt dans une logique de prise d'otages. La population est prise en otage par des gangs à la solde d'oligarques économico-politiques corrompus, mafieux, liés à la drogue, qui capturent l'État. Il faut plutôt une opération de libération d'otages, et cela passe par l'élimination des chefs de gangs et la neutralisation de tous ceux qui les soutiennent.

Le problème d'Erik Prince en Haïti, c'est qu'avec le temps, au lieu de servir le peuple haïtien, il s'est laissé apprivoiser par les oligarques corrompus à travers le gouvernement. Il est donc normal que ce Premier ministre, au service des patrons des gangs terroristes qui contrôlent la capitale haïtienne, choisisse de protéger leurs chefs au risque d'exterminer les pauvres des quartiers populaires.

Pourtant, depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis n'hésitent pas à éliminer d'abord les chefs terroristes à travers le monde. Oussama Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, Abou Moussab al-Zarqaoui, Anouar al-Awlaki, Hamza Ben Laden, Abou Bakr al-Baghdadi, Abou Ibrahim al-Hashimi al-Quraishi, Abou al-Hassan al-Hashimi al-Quraishi, Mokhtar Belmokhtar, Abdelhamid Abou Zeid, Ahmed Abdi Godane, Fazul Abdullah Mohammed, et même le général iranien Qassem Soleimani : tous ont été éliminés avant leurs soldats.

Alors, comment Erik Prince, pourtant si imbu des méthodes de lutte antiterroriste, peut-il justifier sa stratégie d'attrition en Haïti ? Ne sait-il pas que ces gangs ont accès à la population en général, et qu'ils sont susceptibles de contraindre de pauvres jeunes démunis à aller se faire tuer en menaçant leurs familles ?

Faut-il rappeler que le fait d'être le seul journaliste haïtien à recommander l'implication de mercenaires américains dans la lutte contre les gangs terroristes depuis 2019 ne nous empêche pas d'avoir une lecture critique des opérations de la compagnie Vectus Global en Haïti ? Notre position a toujours été claire : il fallait faire appel à des mercenaires américains parce qu'ils sont des réservistes expérimentés de l'armée américaine. Leur présence serait un apport technique aux côtés des forces de sécurité haïtiennes dans leur lutte pour rétablir l'ordre et la sécurité dans le pays.

Mais, malheureusement, Erik Prince de Vectus Global est tenté par jouer le rôle de milice du gouvernement corrompu d'Alix Didier Fils-Aimé. Et sur ce point, je conseille à Erik Prince, dont j'ai lu le livre "Civilian Warriors", de consulter le livre "Political Risk" de Condoleezza Rice. Il comprendra l'impératif d'éviter la tourmente en prenant ses distances avec les vieilles pratiques des oligarques corrompus, rétrogrades, monopolistes, la mafia néo-féodale d’Haïti.

Cyrus Sibert, Journaliste

14 Octobre 2026

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