samedi 7 novembre 2026

Le Colonel Rébu et la propagande de guerre des gangs terroristes. (Texte de Cyrus Sibert)

Le moral, arme décisive sur le champ de bataille

Rien n’est plus important que le moral du soldat sur le champ de bataille. Pour vaincre l’instinct de survie qui pousse à fuir le combat, le soldat a besoin d’espoir. L’espoir d’être le seul survivant même quand tout le corps d’armée aurait été décimé. C’est d’ailleurs ce qui encourage des jeunes s’engagent à s’aventurer dans une armée. Chaque soldat croit qu’il sera l’heureux élu qui racontera l’histoire de la bataille.

Un autre point important est de lui faire croire qu’il est un surhomme. Qu’il fait partie de l’armée la plus puissante, qu’il possède des pouvoirs surnaturels et que, surtout, ses ennemis sont condamnés à échouer.

C’est là qu’entre en jeu la communication du colonel Himmler Rébu en faveur des gangs terroristes. Si la sorcellerie vodou fait croire aux bandits qu’ils sont immortels, à chaque initiative militaire contre les gangs, le Colonel Rébu nous présente une analyse pessimiste annonçant un échec. C’est le fameux « Ça ne peut pas réussir ! »

Depuis l’arrivée de l’armée salvadorienne, il nous répète que cela va échouer parce que les soldats de Bukele n’ont pas une connaissance du terrain. Avant, l’argument était : la Police nationale d’Haïti n’a pas les compétences techniques pour affronter les gangs terroristes qui adoptent une stratégie de guérilla urbaine. Il a ajouté depuis une nouvelle couche en remettant en question la nécessité même de tuer les gangs.

On dirait un expert en annonce d’échec.

Même si les grades des officiers de l’Armée d’Haïti ne reposent sur aucune victoire militaire, pour avoir fréquenté des écoles de qualité au niveau international, on peut leur concéder de bonnes connaissances théoriques. Donc, le colonel Rébu sait très bien ce qu’il fait.

Sa communication vise à encourager les combattants des gangs terroristes à ne pas abandonner le champ de bataille. Car en leur disant qu’ils sont imbattables, il leur donne la garantie d’avenir, de réussite et de survie dont tout homme placé derrière un fusil a besoin pour ne pas abandonner. Le colonel Himmler Rébu fait de la propagande de guerre afin d’éviter l’effondrement des regroupements de gangs terroristes.

La propagande est un élément déterminant dans tout conflit. Au Vietnam, l’armée vietnamienne encourageait les soldats noirs américains à abandonner à cause de la discrimination raciale aux États-Unis. « Vous allez vous faire tuer pour des blancs qui vous méprisent, vous exploitent et vous traitent comme des sous-hommes », était diffusé à longueur de journée sur les fréquences de communication de l’Armée américaine.

Si le colonel Rébu était contre les gangs et du côté du peuple haïtien, il aurait fait le contraire : expliquer les points faibles des gangs terroristes, pourquoi ils n’ont aucune chance, les invitant ainsi à se rendre.

Sous le poids de l’âge, les gens perdent parfois le bon sens des événements; l’ego compense les défaillances. Il y a aussi l’aigreur, la jalousie, les frustrations, le sentiment de ne pas avoir obtenu ce qu’on mérite et le risque de devenir cynique et même méchant. Tout cela peut biaiser l’analyse du colonel.

En ces circonstances, il a encore le bénéfice du doute. Au lieu de le condamner, ce texte vise à l’inviter à se ressaisir. Tous les journalistes haïtiens ne sont pas dupes. L’essence de la manœuvre peut être saisie. Il est encore temps pour lui de changer de stratégie.

Car, imaginez ce que représente l’analyse d’un ancien colonel des Forces armées d’Haïti qui commandait le "Corps de léopard" pour des jeunes civils qui improvisent sur des théâtres d’opération, et pensez à ce que la répétition de ces prévisions d’échec peut produire sur leur moral, sur le moral de leur famille et de la communauté dans laquelle ils évoluent.

Mettez en perspective que ces analyses, au lieu d’annoncer toujours la victoire des gangs terroristes qui massacrent et tuent, annonceraient leur faiblesse et leur échec certain.

Le colonel Himmler Rébu doit se ressaisir et éviter d’avoir plus de sang sur les mains que celui des militaires tués lors de son projet de coup d’État en avril 1989.

Cyrus Sibert, Journaliste
07 Novembre 2026

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